Une confession…à la mémoire de mon père..!!!

Un jour où le petit enfant qui commençait à faire ses premiers pas dans la vie et apprenait à aimer la terre qui l’a accueillie dans ses bras le premier jour de sa venue au monde.

Ce jour là n’augurait rien de particulier, à part que c’était un mercredi comme tous les mercredis qui se sont succédés sur cette terre récoltant le souvenir d’âmes sur lesquelles l’appel du temps avait tranché.

Un mercredi que l’enfant  s’apprêtait à  vivre au milieu de ses amis au fond des montagnes de l’Atlas.

Ce jour là, en franchissant la  veille porte de sa maison, il ne se doutait pas une seconde qu’il embrassait, pour la dernière fois, la main de l’être qu’il aimait le plus au monde. Qu’il entendait  sa voix et se cherchait du réconfort et du courage dans ses yeux pour une ultime fois. Il savait que son père était malade depuis quelques jours. Il n’a pas négligé non plus les larmes silencieuses de sa mère qui à chaque fois, le voyant,  se précipitait à essuyer ses larmes et faire semblant de  s’occuper d’autre chose. Il savait que quelque chose d’inhabituelle se passait autours de lui. Mais à son jeune âge il avait d’autres préoccupations dans la tête que de s’attarder sur le comportement des gens.

Cette enfant était une blessure et il l’est resté. Il commençait à apprécier la vie, croyant qu’elle est toute rose. Une amie à qui on peut se confier dans ses moments de solitude et d’abandon.  Ou, du moins, c’était comme ça qu’on  la présentait.

C’était une âme innocente qui apprenait à vivre entre les bras d’une mère et d’un père qui était tout pour lui (et son souvenir l’est toujours) et sa bande de frères et sœurs. Une vie sans vagues ni  mésaventures. Une vie tout court. Une présence qui leurs épargnait la cruauté du temps et des gens.

Un mercredi qui a brisé la vie et les rêves d’un enfant, l’obligeant à grandir au milieu du  vent d’une vie sadique. Avec un cœur enfermé dans le passé d’un rêve assassiné dans son berceau. Un jour où le soleil a cessé d’envoyer sa chaleur et sa lumière sur son cœur. Une âme qui s’apprêtait à abandonner son enfance et pleurer un présent qui se conjugue désormais à l’imparfait.

Un mercredi  où il a appris que même l’enfance n’est pas épargnée par la souffrance et la douleur d’une absence brutale d’un parent.

Un jour où on demande à un enfant de grandir, car il n’a pas le droit de vivre comme les autres. Que la vie en a décidé ainsi.

L’enfant pleurait l’abandon de ses rêves et son amour à la vie. Pleurait aussi le souvenir de celui qui le mettait à l’abris de la cruauté du froid et l’acharnement des vents de l’automne…..

Le père est parti un mercredi, sans que personne n’osait lui donner la raison de cette disparition soudaine. Le père est parti sans dire au revoir à son fils, ni le bénir comme à ses habitudes, à chaque fois qu’il partait en voyage. Parce que tout simplement, il n’y avait rien à expliquer où de réclamation à faire non plus.

Non,  Le père ne s’est pas enfui. Il est plus digne pour faire une chose pareil. Il a été enlevé par le vent du temps qui se faisait le plaisir de roder autours des sommets de cette montagne orpheline récoltant le souvenir des âmes qui s’y sont accrochées.

L’enfant pleurait sa vie, ses rêves et surtout un avenir incertain dans l’absence d’un visage et d’une voix réconfortante lui permettant d’avancer dans la vie. Dépourvu désormais de la chaleur de cette main qui l’aidait à se relever après chaque chute. Une âme le protégeant contre les aléas du temps et des gens.

Ce jour là, l’âme de l’enfant l’a abandonné lui aussi, et ses yeux ont cessé de regarder l’horizon obscure qui  portait avec lui une armé de nuits chargées de solitude et de larmes.

Il a pleuré le père et son souvenir, comme il a enterré avec lui l’enfant qu’il était et les rêves qui coloraient son existence.

Ce jour là, la vie a perdu son estime. Ce jour même où il a vu sa mère pleurant sa vie et ses rêves aussi. Elle se mettait toute seule en se murmurant des choses qu’il ne comprenait pas dans un silences théâtrale, où l’âme de la mère jouait le rôle tragique. Son corps, lui, la scène fragile supportant le poids des acteurs torturés par le sadisme des spectateurs.

Le père est parti accompagnant le couché du soleil dans l’infinité de l’horizon. Son souvenir l’habite, lui l’enfant qui n’a jamais grandi. Lui, cette blessure du temps qui n’a cessé de parcourir les routes. Priant pour l’oubli et détournant du regard le souvenir des gens et des routes parcourues.

Le père est parti, son âme a rejoint désormais l’infinité des cieux et la lumière des étoiles. L’appel du temps avait tranché sur son âme. L’enfant n’avait que voir cette image s’éloigner dans l’horizons sans qu’il ait à contester l’appel du destin. Ses larmes et celles de sa mère n’avaient que la froideur du vent pour les sécher. Les gens, eux , avaient autre chose à faire….Négocier des vies sur la tombe de ce souvenir.

Lui, l’enfant qu’il est, qu’il reste pour la mémoire de ce père dont le souvenir ne cesse de lui donner la force d’aller encore loin. Ne plus s’arrêter sur les débris d’un passé et d’un vécu qui n’en valent pas la peine. Avancer sans se dire que j’aurais du faire ci ou ça !!.. Abandonner les regrets et embrasser la sagesse de l’aube.

Ça fait vingt ans exactement que ce père est parti. Le vent et le temps n’ont pas réussi à avoir raison de son souvenir. L’enfant qu’on a obligé à grandir ce jour là a préféré déserter la colline. Il n’a jamais trahis cette terre, mais ses blessures n’ont jamais su se cicatriser.

Le père lui a interdit de pleurer sur sa tombe, temps que l’enfant n’a pas su être à la hauteur de la promesse de cette terre…..

Le temps est passé depuis. Les saisons se sont succédées. L’appel du temps a tranché sur bien d’autres âmes. La montagne continue désespérément à affronter les vents de l’hiver. Le vieil amandier a perdu ses feuilles, figé sur le sommet de la colline, rappelant que la vie était bien de passage il y a trop longtemps.

Lui, l’enfant qui avait envie de faire son deuil, il a finalement pleuré les larmes de son corps. Il s’est laissé aller à la sincérité de cette tristesse. A la vérité de ce moment qui lui annonce que son voyage devrait cesser désormais….que l’enfant qu’il était devrait se reposer en paix…..

Naître avec le jour et l’accompagner dans son voyage…..avoir foi en l’inconnu de ses rêves et la sagesse de ce souvenir….

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