Une destinée….!!

erranceVa à la rencontre de ta destinée avec des bras ouverts…

N’oublie pas d’amener ton cœur avec toi….

Tes rêves sauront trouver leur chemin…..

Le passé n’a qu’à écrire ton histoire sur le bord de ces routes….

Tu peux toujours bruler les pages qui ne te conviennent pas….

Mais aussi, planter des roses sur la tombe de tes blessures…

Ou aussi, prier pour le ciel qu’il ait pitié de ces âmes brisées….

Ou aussi, supplier les larmes de danser sur la tombe de tes souvenirs….

Va à la rencontre de ta destinée avec des bras ouverts…

Entre ces miroirs fissurés…

Ces navires en détresse…

Les débris de cette existence absurde…

Et ces perles abandonnées….

Tu n’as pas à penser à quoi que ce soit…

Si ce n’est à cet amour qui te retient en vie…

Toi cet homme du passé….

Avec tes rêveries naïves…

Ton sourire incertain…

Ton regard errant…

Et ce corps d’abandon….

Va à la rencontre de ta destinée avec des bras ouverts…

Tu auras toujours à te dire…

Que les amours remplissent les routes…

Que les sourires bourgeonnent sur le visage de l’horizon…

Que les rêves sont éternels….

Que la vie te supplie de continuer….

Que la mort pourra toujours attendre….

Que c’est toi ton propre destin…

Que c’est toi la parole…

Que c’est toi le conteur de cette histoire….

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Comme si la patrie n’était qu’une rumeur !

Une veille femme du village d’Imider avait dit « Je jure sur celui qui a créé la terre et le ciel que nous ne quitterons pas ce camps temps quelmskine (2)   nous n’aurons pas obtenu nos droits et avons vaincu l’injustice et le mépris que nous subissons depuis des décennies, ou  devenir cendre que le vent se chargera de dissiper sur cette montagne après que nos bourreaux nous ont brûlé comme ils nous l’ont bien fait savoir. Nous ne sommes pas à vendre ni à acheter, nous sommes libres et notre terre est tout ce que nous possédons, en plus de notre dignité. Albbane est notre terre, et nous sommes prêts à mourir pour elle. »

            Avec ces mots qui raisonnent dans ma tête comme un hurlement du désespoir, j’ai commencé à penser à ce qui semblait être ma patrie, d’après ce qu’on m’avait enseigné sur les bancs de l’école. A vrai dire, j’ai essayé de m’en inventer une correspondant à mon idéal. Malheureusement, je ne vais pas parler d’idéal car je n’en ai pas. Si ce n’est cette obsession m’habitant gâchant mon sommeil. Mon pays ce rêve lointain, avais-je répliqué à quelqu’un un jour. Maintenant que je vois tout ce temps passé, à essayer de me trouver des explications pour ce tas de contrastes et de paradoxes dans lesquelles ce pays traîne sans se rendre compte de l’ampleur de sa propre déchéance.

            Je ne parlerais pas de choses que je ne connais pas, d’autres le ferons à ma place, s’ils en ont envie bien sûr. Beaucoup auront déjà à me dire que je n’ai rien compris de la vie, que je ne connais pas mon propre pays, et qu’il n’y a qu’eux qui l’aiment et qui connaissent sa juste valeur. Ils pourront toujours me sortir et régurgiter ces tonnes d’exploits, d’avancées démocratiques, de justice, d’ouverture, du bon vivre, et un peuple qui danse et sourit sans même connaître la raison. Moi, je leur dis de venir passer le temps d’un hiver sur cette montagne qui est la mienne : sans chauffage, ni nourriture à volonté, ni médecin, ni, ni….ni vie tout court.

photo choque

Tout ce que je sais, c’est que j’ai ouvert les yeux quelque part au milieu des montagnes de l’Atlas. L’autre Maroc si je puis l’appeler ainsi. A vrai dire, pendant toute notre enfance, nous avons cru que le monde se limitait à ces quelques villages qui entouraient ma vallée. Les gens ne se posaient pas trop de questions sur la vie. On dirait qu’ils ont appris à vivre avec leur destin comme si, au fond d’eux, ils ont compris que cela ne sert à rien de compter sur des illusions révolues d’appartenir à une patrie qui se soucie de leur sort.

           L’un des souvenirs qui se sont gravés dans mon esprit à ce jour, est celui du référendum du 1989 (si mes souvenirs et la date sont bons). J’étais encore enfant à cette époque. Mon père (Dieu ait son âme) est rentré à la maison en tenant un ramassis de bulletins de votes (bleus si mes souvenirs sont encore bons) marqués par la mention « Non » (en arabe). Mon père, qui semblait avoir pris la peine d’aller voter au nom de toute la famille (dont les tantes et les oncles appariement), a pris le soin d’aller mettre ces bulletins marqués « Non » dans un coin bien en sécurité. J’ai grandi depuis, et avec un peu de recul, je comprends aujourd’hui le but de son geste. C’était pour lui le seul moyen de prouver qu’il avait bien voté  « Oui » et pouvait toujours appuyer ses dires en montrant ces bulletins « Non ». Par la « naïveté de son geste », mon père ne savait pas que les responsables des bureaux de votes se sont déjà chargés du bon «déroulement» de l’opération, la preuve -s’il en fallait une- c’est qu’il avait encore le droit de rentrer chez lui. Le contraire était de mise s’il avait déposé les « mauvais » bulletins dans l’urne.

toufoula

            Durant ce temps-là,  la patrie pour moi était mon petit village, je ne connaissais même pas qu’il existait un autre monde hors de ma montagne. Sauf, qu’il y’avait un événement annuel qui nous faisait croire qu’il y’en avait bien un  quelque part loin d’ici, et qui nous surveille. A l’époque, la fête du trône (l’ancienne sous le règne du roi Hassan 2) représentait pour nous l’occasion pour sortir des classes (si on peut appeler ces mûres sans fenêtres des classes), aller chanter au nom de choses dont nous ne comprenons même pas le sens. Il faut savoir que les chants et les pièces de théâtres qu’on jouait se faisaient en arabe, alors que nous venons à peine d’apprendre quelques mots de cette langue (tout le monde ne connaissait que le berbère avant d’aller à l’école). Je me rappelle que j’avais joué le personnage d’un soit disant résistant palestinien dont le nom est « Ahmad al3arabi ». Le comble de la chose, c’est que je récitais ce que j’avais appris, faisant un long monologue  au nom d’Ahmad al3arabi, alors que je ne comprenais pas un mot de ce que je disais. Peu importe, c’était l’occasion pour Hassan le berbère de s’oublier un peu au grès des exigences et les circonstances du moment pour aller libérer la Palestine avec des slogans et des hurlements. Ma réplique était de clamer aux yeux du monde, que malgré le blocus et l’oppression israélienne le corps d’Ahmad Al3arabi sera le bouclier qui aura à protéger sa terre contre le colonisateur. J’avais très bien joué Ahmad al3arabi d’après le témoignage de mon instituteur. Les officiels (cheikhs, Mouqadem,  maire de la commune, etc.) étaient tous là à applaudir, les bouches grandes ouvertes dans leurs habits de clowns et qui faisaient terroriser la foule qui a traversé des kilomètres pour assister à la célébration. Des « Mkhazni » étaient là aussi, pour « maintenir » l’ordre. Le souvenir d’un d’entre eux, que beaucoup connaissaient, me revient. Il lui suffisait de retirer sa ceinture pour que le silence gagne l’espace. C’est dire que les gens de ces contrées ont été conditionné à un tel comportement pavlovien depuis le règne du Pacha Elglawi, puis la période dites « des années du plomb » qui a fini par tuer le peu de fierté qui restait dans leurs âmes avachies.

            Mon monde, et celui de tous les enfants de cette montagne, se limitait à ce cycle absurde. Nous étions les jouets d’un système dont on ne comprenait rien. On chantait des gloires et des causes qui ont été construites et inventées sur notre propre tragédie. Je chantais le drame d’Ahmed al3arabi alors que j’avais besoin que quelqu’un puisse chantait ma propre tragédie et la déchéance de ma montagne. On dansait alors que nos corps saignaient de misère. On se mettait à sourire quand on nous demandait de le faire, pour montrer à cette lointaine capitale que le peuple d’ici est bien heureux sous la bienveillance des saints et des cieux.

tarhhlate

J’ai toujours vu les drapeaux rouges flottaient devant les portes des maisons en pierre ou en terre battue. Le Mouqadem du village faisait des tournées plusieurs fois par jour pour s’assurer que chaque maison a bien mis un drapeau devant sa porte. Les gens avaient une peur insupportable que les autorités débarquent et les accusèrent de la pire des choses…..Ce qui est incroyable dans l’histoire, c’est que tout ce monde subissait de la tutelle sur sa propre existence et même sur ses propres rêves…..s’il en avait.

            Le fait que le Mouqadem se voyait obligé de sillonner le village de bout en bout, confirme que les villageois n’ont jamais compris l’utilité de ce genre de choses, vu que cela ne faisait que les handicaper dans leur combat pour la survie au jour le jour.  Il suffisait que l’hiver frappe aux portes de leurs villages pour qu’ils tombent dans l’oubli, encore et encore. Le temps qu’il faudra au vent et au froid  pour enterrer des âmes, avorter des ventres, faire danser la mort sur le corps d’enfants, de femmes et d’hommes qui n’ont de merci que les prières qui remplissent l’horizon sans que personne semble les entendre. On reviendra l’année d’après pour s’assurer qu’ils sont toujours au taquet pour chanter, danser pour des causes, des cérémonies et des exploits qui ne les concernent ni du près ni de loin. Cela dit, Ils n’ont rien de traîtres ou d’ennemies de la patrie, mais ils ont juste d’autres préoccupations plus urgentes dans leur quotidiens que de planter des drapeaux ou chanter pour des gloires qui ne les concernent pas, à savoir : lutter pour la vie, affronter le froid et la faim….

ilhade

 Le hasard de la vie et les circonstances m’ont amené à partir vers les terres du nord pour y poursuivre mes études. Mais ce sentiment frustrant d’appartenir à une patrie qui semble ne pas nous porter le même sentiment me poursuis. Tout au long de mon périple, j’ai toujours regardé ces citoyens du monde être fiers de leurs pays et de leurs patries.  C’est vrai qu’ils ont de quoi être fiers. J’ai toujours essayé de passer ce sujet sous silence le plus longtemps possible, car je n’avais rien d’intéressant à leur raconter sur ce qui semblait être ma « patrie ». Heureusement que la plupart de ces gens connaissaient Marrakech, Agadir et les sables dorés. Donc, avec un sourire jaune, je leur faisais croire qu’ils connaissaient ce qui semblait être chez moi mieux que moi. Ça flattait leurs égos, et moi ça m’épargnait le fait de m’aventurer dans des monologues interminables et surtout stériles. J’ai toujours marché à la marge de cette pensée. Me dire que je suis toujours étranger partout. Me rassurer par l’illusion que je suis un citoyen du monde. Mais cette illusion s’effondre à chaque fois que je m’apprête à passer les frontières, car on me rappelle que je ne suis pas le fils du monde……mais le fils de ce nul part qu’on situe sur la carte comme un machin qui s’appelle « Maroc ». Des moments de faiblesse me submergeant de temps à autres. Pourquoi ce sentiment douloureux de ne pas avoir une patrie (même pour ceux et celle qui y habitent)… ? Pourquoi cette haine du soi et de cette histoire absurde qu’on nous a servi depuis notre enfance… ?..Pourquoi j’ai le sentiment que mon pays ne m’a jamais laissé l’occasion de l’aimer ? Pourquoi à chaque fois qu’on essaye d’oublier, une blessure resurgit de nulle part pour nous rappeler que ce pays n’appartient qu’à une poignée de personnes qui s’assure -au jour le jour- que le reste puisse s’éteindre dans le silence sans avoir le droit de vomir sa douleur ?… J’ai fini par comprendre que ma patrie ne peut être qu’une rumeur….et malgré tout ça je continue à y croire.