Âme en deuil…La vie n’est plus !

                                          deuil

 À la mémoire de Waba Mouhe n’aite Hmade

Le plus insupportable dans l’histoire, c’est d’arriver à la conclusion et d’intégrer l’idée qu’on n’aura plus la possibilité de revoir ces visages qui nous ont quittés. J’ai quitté mon village il y a plus d’une dizaine d’années maintenant. J’y retourne une à deux semaines par ans pour voir ma mère, mes frères et sœurs, et le peu d’amis d’enfance qui ne m’ont pas encore oublié. Mais aussi, pour retourner sur les pas de mon défunt père (Dieu ait son âme) parcourant les petites ruelles de ce petit village brisé par le temps et les Hommes. Chaque fois que j’y suis, je sillonne tous ses recoins le soir comme un fou, espérant que les murs me fassent des conférences ou, à défaut, m’accompagner dans la solitude de ces moments où je m’agite comme un possédé essayant de faire parler les pierres.

            De temps à autre, des flashes et des images viennent secouer mon être. Des odeurs qui me rappellent la froideur de ces hivers passés derrières le feu sans force à affronter la nature. La voix d’une bande d’enfants de bas âges me rappelant mes années passées à l’école coranique. Les murs de cette mosquée en terre battue figée dans le temps, le seul témoin silencieux de ce tas de vies qui se sont succédées sur cette contré. Touchant ce mur, je vois mon visage le jour où la vie m’avait fait comprendre que je n’ai plus droit à l’insouciance de mon enfance…Mon père est décédé, l’enfant que j’étais est mort avec lui….J’ai grandi depuis et je n’ai que l’errance comme seule complice de mes jours…..Je lève encore mon regard vers ce ciel pour y chercher des réponses…Seul ce silence assassin vient me consoler comme le faisait il y a 20 ans.

            L’heure de la prière arrive, des mouvements viennent briser ma solitude….Inconsciemment un sourire se dessina sur mon visage….je vois des visages familiers de mon enfance…. Je vois mes vieux oncles qui s’approchent tous de la centenaire. Il n’en reste que 3 ou quatre à vrai dire…. J’avoue qu’il y en a pour qui je ne garde pas de très bons souvenirs, mais d’autres me permettent de compenser cela…que je revois toujours avec beaucoup d’émotions. C’est les seuls rares moments où je peux dire que mon âme se libère de ses démons…..Il faut avouer qu’ils sont ce seul lien qui me relie encore à la mémoire de mon père….Ils ont grandi ensemble et affronté les hivers de cette montagne en ayant à partager le même destin…..Celui de ce petit village qui se vide de son histoire encore plus avec chaque jour qui passe portant avec lui une partie de sa mémoire….

            Ce soir, je rentre chez moi au milieu de la brume de ce lointain pays qui supporte mon corps et la lourdeur de mes songes. Cette histoire qui s’est souvent écrite en larmes et en abandon sur ces routes que je continu à parcourir sur l’ordre des dieux qui m’ont répudiés du royaume des mortels en prière…..Ainsi, des jours, je me réveillais me posant la question : pourquoi je suis encore en vie ? La voix de mon père, mêlée à celle de ma mère, me répondent : parce que ta colline a besoin de toi pour essuyer les larmes qu’on lui a infligé depuis ce jour où les marchands de chimères l’ont condamnée à ne plus donner naissance à la vie ni à l’espoir…ni aux rêve non plus….ta terre, la nôtre !

            Mon frère vient de m’annoncer l’une de ces terribles nouvelles qu’un corps comme le miens n’a plus de force de supporter. Un de mes derniers oncles encore vivants vient de rendre l’âme…..A vrai dire, entre le choc de la nouvelle et l’envie de pleurer….Je me suis mis à écrire. Les mots sauront me consoler comme ils ont toujours su le faire depuis le jour où l’errance m’a choisie comme compagnon de la solitude de ses nuits d’hiver.

            Les larmes ont finalement su trouver leur chemin sur ma joue…mais pleurais-je parce qu’on vient de m’annoncer une énième mort qui vient encore récolter l’âme de l’un des miens ….Ou parce que je me rends de plus en plus compte qu’à chaque fois qu’on m’annonce la mort de quelqu’un, c’est ce lien qui me relie encore à mon passé lointain qu’est en train de s’effriter….les vents de l’automne ne se résignent pas à faucher ces âmes perdues dans la solitude de cette montagne en deuil…..Ou parce que j’ai peur qu’à chaque fois que l’un des miens rend l’âme, c’est une partie de moi qui disparaît elle aussi…mes souvenirs…mes traces sur cette terre….et surtout ma place dans l’histoire de ce village qui finira tôt ou tard par m’oublier…..

            Je suis parti depuis trop longtemps pour qu’on puisse encore reconnaître mon visage. Les petits du village entendent parler de moi, comme des autres qui sont partis avant et après moi…..mais me reconnaîtront-ils le jour où j’arriverais dans mon village avec des cheveux blancs…. Frappant à la porte d’une maison lambda, posant la question au petit garçon ou à la petite fille : ton père est là ? …. Le petit, ou la petite, courant voir son père lui disant : papa…papa, répond s’il te plait, un ETRANGER te demande à la porte… ! Ce jour-là je me dirais que la colline avait beau me pleurer, j’ai trahi ma promesse…la vie n’est plus….

Dieu ait ton âme Waba Mouhe, repose en paix….Dis à mon père que je ne cesserais de raconter votre histoire temps que j’ai encore à respirer l’air de ce monde………

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11 réflexions sur “Âme en deuil…La vie n’est plus !

  1. Merci hassan pour ces quelques mots bourrés de larmes et d’émotions ;
    A la mémoire des deux amis intimes : « Les deux waba mohs nait hmmad et nait mada ».

    • De rien awddi assdi youssef. Oullah aragh nite ighyyar mais hadda jjahde koulchi wine moulana. Atnirhame rbbi iwssa3 rifssne oussafi. ich9a nite lhale mais bon, sounnate lhayate khlla massira attiskre awdyane.

      • walo maysker awadyane a si hassan; kolchi ika zars abrid. immot pa ghzoned iks le plafond i tadart kimdgh 3rakh si gna. awna missoul bass d mays thala didsn hat ortinit atissint adgharnesn ar k zwourne. merci encore une autre fois; je suis vraiment très blessé mais tes puissants mots m’ont beaucoup touchés et soulagés……

  2. Ba hassan, merci beaucoup pour cet article. INNA LILAH WA INNA ILAYHI RAJI3OUN. AT IRHAM RBI INCHALLAH.IRHAM LWALID NEK WALA KOLO IFKIRN N TMAZIRT WALA IMONSALMAN. HOUCINE FILS DE WABA MOH NAI HMAD.

  3. NOUS SOMMES A DIEU ET A LUI NOUS RETOURNONS. tu sais frero que l’ utilisation de ce mot oncle waba mouh nait ahmad est vraiment a ca place parceque les gens qui viennent pour soulager nos suffrances disent :que notre seigneur sera a la place de votre ONCLE/// C’ était vraiment notre oncle qui a la meme place que notre père ; que dieu ait leurs ames en paix

    • Adagh irhhame rbbi awymanou, oullah awddi aghss ardadiss tannayre l’image de mon père chaque fois que je le vois. Attirhham rbbi yawyassnde ljnte drhhamte koullounte issamhare glha9anssne !

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