Hommage à l’instituteur d’un village marocain

             world-classroomJ’étais en train de marcher, comme chaque dimanche après-midi, dans l’un des parcs de cette ville qui m’a adopté depuis un certain temps. A vrai dire, c’est l’une des rares fois de mon existence où j’ai posé mes bagages en ayant la paix dans l’âme. Tout s’est éclaircie dans ma vie grâce aux prières de ma mère, mais aussi grâce à des dizaines de femmes et d’hommes qui ont façonné ma personne et qui m’ont permis d’aller aussi loin que les aspirations de cet horizon qui m’a toujours habité…..

            Je marchais comme j’ai toujours fait depuis ma venue sur cette terre. Je regardais le monde qui m’entoure, et je contemple ce ciel qui a l’air de me contempler à son tour lui aussi. Je passe à côté de mon université, et je me suis arrêté à dévisager ses bâtiments en remémorant tout ce chemin parcouru pour arriver à cet instant précis. J’étais ému sur l’instant, j’avais envie de dire quelque choses, mais je me suis tue…..Le silence était toujours ma meilleure façon de m’exprimer……

            Sur le coup, j’avais les images de certaines personnes qui me reviennent plus que d’autres. Les images les plus présentes étaient celles des instituteurs de l’école de mon lointain village…..

            Quand j’étais au pays il y a quelques semaines, j’avais croisé un de mes anciens instituteurs. De longues années sont passées sans que j’aie à le revoir. Il faut savoir que l’exile m’était prescrit il y a déjà une vie de cela. C’était mon enseignant de la première année du primaire. Il a pris de l’âge avec des rides qui se font très visibles et des cheveux que la blancheur a envahi. Je l’avais salué chaleureusement avec beaucoup d’émotion et de nostalgie. Il était tellement ému, autant que moi, de me revoir après toutes ces années. Je me suis rendu compte qu’il a toutes les informations sur moi, sur mon parcours et mes différents séjours à l’étranger. En effet, il se renseignait toujours auprès de mes frères qui sont restés au village. J’en étais très touché, car il restait l’un de ces instituteurs et mentors qui vous marquent dans votre vie. Grace à qui vous avez envie de parcourir le monde, découvrir et d’explorer les limites de vos capacités…..

            Je n’oublierais jamais qu’après que j’ai réussi mon année du primaire, il s’est toujours assuré à ce que je puisse aller en classe même pendant les demi-journées libres qu’on avait à l’école. Pour lui, il n’y avait rien à faire dehors, surtout qu’il n’y avait pas d’associations ni de centres éducatifs pour nous encadrer à l’époque. En effet, il y avait l’école et les montagnes qui nous entouraient. On était à la marge du monde, mais nous, on ne le savait pas. Lui, qui venait d’une grande ville, était le seule, ou l’un des rares, à mesurer l’ampleur de notre abîme….Ce monsieur m’a sauvé en quelque sorte….et c’est devant le bâtiment de cette université que je viens de m’en rendre compte à l’insant. Il a continué à vivre sa vie sans savoir qu’il était un héros des temps modernes……Il l’est parce que je le sais. J’ai vu dans ses yeux de la fierté quand il m’a revu. Mais j’ai vu aussi le regard d’un père spirituel qui a su trouver les mots et les gestes pour que je puisse aller au bout de mes rêves…C’était lui aussi qui m’avait fait découvrir la passion du théâtre, avec le peu de moyens qu’il avait, et m’avais permis de jouer mon premier rôle. J’adorais ce monde, mais chez nous, la nature ne pardonne pas. Le théâtre ou le pain, il fallait choisir….Le choix est vite fait…

               Il reste que cette passion m’habite toujours par l’écriture ou la lecture. C’est aussi une autre manière de lui rendre hommage…

            Ce qui me fait sourire à l’instant où je pensais à tout cela, c’est qu’à l’époque, je ne parlais pas un mot d’arabe. A y penser, je me demande, comment on a pu se comprendre, lui qui ne parlait pas un mot de berbère. Le temps est passé, j’ai compris que l’humanité parlait en nous et on se comprenait largement. Il reste qu’après toutes ces années, la dernière fois qu’on s’est rencontré, il m’a parlé en berbère dans une fluidité déconcertante. J’ai appris qu’il s’est installé définitivement au village, ses enfants ont grandi et qu’il est devenu l’un des nôtres comme on dit chez nous….

            L’image de cet instituteur n’était qu’un exemple illustrateur d’autres personnes qui ont tracé le chemin de ma vie sans le savoir. Certains d’autres instituteurs de l’école, des professeurs du collège, du lycée et de l’université, etc. Certains ne sont plus de ce monde, mais leur souvenir est encore vivant à des milliers de kilomètre de mon petit village. D’autres ont vieillies ou sont à la retraite. Je pense souvent à eux, me rappelant de leurs mots, leurs encouragements et des fois leurs reproches…..

            Peut-être qu’ils voyaient en moi un fils, mais ils ne savaient pas qu’ils étaient pour moi, à chaque fois, l’incarnation de l’image de mon père que j’avais perdu enfant. Leurs mots me touchaient, leurs sourires et joies quand je réussissais étaient pour moi l’ultime récompense qu’on puisse faire à un enfant. A défaut d’aller l’annoncer à mon défunt père, c’était eux qui incarnaient sa réaction.

            J’ai grandi certes, mais cet enfant reconnaissant en moi est encore vivant. Ces images et ces souvenirs sont, encore aujourd’hui, des seules choses qui me permettent d’avancer dans la vie. Ces personnes m’ont transmises l’une de meilleures choses qu’on puisse offrir à quelqu’un….La possibilité de rêver et d’aller jusqu’au bout de nos aspirations, au delà des difficultés et des échecs que nous subissons dans nos vie………

            Je rebrousse mon chemin, fermant les yeux un instant…Autant la vie est injuste des fois, mais elle a sa raison d’être. Si ce n’est pas pour nous, c’est pour ces gens qu’ont cru en nous et qu’ont tout fait pour qu’on puisse sortir du ventre de l’impossible et d’aller embrasser le soleil….

            A l’instant, si j’ai un souhait, c’est de vous retrouver un jour devant la porte de cette école qui m’a permis, grâce à vous, de voir le monde autrement….M’incliner devant vous et vous dire encore MERCI d’avoir croisé ma vie à des moments décisifs qui ont fait la différence…

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3 réflexions sur “Hommage à l’instituteur d’un village marocain

  1. Je suis né et j’ai grandi en France, mais j’ai toujours eu du respect pour ces professeurs qui venaient enseigner au village. Ainsi que pour mes cousins qui devaient se lever très tôt pour y aller… Texte très bien écrit!!

  2. Un très beau texte comme d’habitude. J’ai bcp aimé la phrase suivante : « Le théâtre ou le pain, il fallait choisir….Le choix est vite fait ». En la laisant J’ai senti un rire montant de mon ventre que jai tout de suite interrompé, par ce que cette phrase suscite autant de larmes que de rire..

    • Merci cher ami. Je suis toujours touché par tes retours 🙂 ;

      Pour la théatre adjte atgoune. Tnnagh aygane ti9te khlla hh 🙂 .

      Au plaisir;

      H.O

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