La saison des offrandes : les dieux et les hommes


innondationsPS : Ce texte en désordre est rédigé à la suite des inondations qu’a connues le sud marocain ces dernières semaines, avec des dizaines de morts et des dégâts matériels importants. Comme toujours, les autorités se sont montrées fidèles à leur tradition d’incompétence et d’indifférence dans plusieurs endroits, mais aussi de mépris envers la population quand on sait que des hélicoptères ont été envoyés au début pour sauver en priorité des touristes, sans considération aucune pour la vie des populations locales.

Bien sûr, les vrais responsables ne seront jamais inquiétés (ex : les infrastructures désuètes ou qui ne correspondent pas, même de loin, aux normes de base de sécurité. L’absence du minimum vital en termes de structures sanitaires, etc.).Ça va de soit, si non l’exception marocaine n’aura plus lieu d’être.

Le texte part un peu dans tous les sens, car c’est écris dans un moment d’exaspération et je n’ai pas envie de le retoucher. Donc, je l’ai laissé sous sa forme initiale.

Texte :

Citoyenneté, cette promesse qui a moisis dans les recoins sombres de ces maisons abandonnées. Ces peaux en couleur de poussière et ces visages absents depuis toujours.

Désormais, vous ne parlerez plus de ces saisons de moissons, ni de ces jours de chants et de joies. Les hommes n’auront plus à avoir pitié de ces femmes et de ces enfants que vous avez offerts aux dieux comme offrandes. Ces crues et ces pluies, elles, se sont chargées de les jeter dans les entrailles de cette terre de désolation.

Non, vous croyez que vous étiez vivants. Depuis ces temps lointains. Non, vous ne faisiez qu’agoniser dans le silence de ces montagnes. Les dieux, pendant ce temps-là, avaient autres choses à faire. Tout sauf se porter d’affection pour vous. Tout cela est à cause de moi et de mes semblables. Tout cela est à cause de vous et de vos semblables. Nous avions à pleureur nos morts. Nous avons à enterrer nos chers, comme nous avons toujours fait. Eux, avaient à nous oublier comme ils avaient toujours fait.

Justice dites-vous ? Une illusion plutôt, quelque chose qui remue cette douleur infâme dans nos âmes, ces blessures et ces brûlures sur les fronts de nos mères. Ces cassures qu’ont été les vies de nos pères.

Je n’ai plus envie de pleurer ces morts. De toute façon, je n’en ai plus la force. Mes yeux ont séché et mon âme s’est tue.

Je ne savais plus quoi faire. A vous blâmer. Tous ces corps penchés sur le néant. Vous êtes hors de la portée de la vie maintenant. Votre mort n’est plus votre affaire. C’est celle des vivants désormais. Mais, une chose dont je suis sûr c’est qu’on finira par vous oublier. C’est tout ce qu’on sait faire. Vous oublier pour pouvoir accueillir les autres tragédies qui nous guettent avec des bras ouverts. C’est ça notre drame. On est fait pour oublier. De sorte que la vie a fini par nous oublier de son côté aussi.

Ooh, monde ! Vient contempler cette tragédie… vient admirer cette œuvre des dieux et des hommes…vient nous voir mourir….vient nous voir enterrer les nôtres…vient nous voir pleurer…vient nous voir aller jusqu’au bout de ce drame qu’est notre existence.

Non, je ne blâme pas le ciel, ni ceux qui parlent en son nom. Je me balme moi-même pour tout ce que j’ai vu et ce que je vois. Je vous blâme, ooh miens, pour ce que vous êtes. Personne n’est heureux dans la douleur sauf nous, personne n’est aussi généreux dans la tragédie que nous…Personne n’est aussi docile face à l’injustice que nous.

Je me souviens de mon regard craintif. Comme je me souviens aussi de vos dos courbés. Pourtant, Je ne me suis jamais rappelé si vous avez, un jour, osé lever les yeux vers le soleil…Il est était tout proche de nous, si proche que nous avons fini par ne plus le voir.

Vous n’étiez pas des gens ordinaires. Non, les gens ordinaires s’accrochent à la vie. Vous, vous avez préféré passer vos vies à enterrer vos enfants et à vous vous enterrer. Je me souviens de ces regards épuisés, comme je me souviens de cette brume qui nous emprisonnait.

Ces sourires aussi. Oui, il vous arrive de sourire, mais avec des larmes au bout. Et surtout, tout ce silence qui a tissé sa toile sur vos âmes….nos âmes.

innondations Maroc

Je me souviens de cette attente interminable. Ma mère me parlait de « demain », j’ai fini par le prendre pour le messie. La délivrance au bout, j’ai trop attendu, comme j’ai trop contemplé ces visages qui ont vieillie devant ces miroirs de désillusion. Ma mère me dira que les rides ont une âme, comme elles ont une parole. Ma mère me dira aussi que le temps finie toujours par toutes les confisquer.

Silence, ooh silence ! As-tu l’impression que la vie a manqué son chemin vers nous. Ou c’est bien nous qui avons manqué notre chemin vers elle ?

Maintenant qu’elle a vécue sans nous. Avons-nous encore une raison de l’attendre. Avons-nous encore la force de la chercher ?

Notre destinée, enfants du néant, était peut-être de continuer à chanter sur les tombes de ces vies qui ont marché à la marge du royaume des dieux et des hommes.

Repentance ou miséricorde face aux caprices du ciel et la tyrannie des siens. Ce désert qui nous a toujours abrités et ces montagnes qui nous ont appris à trainer nos âmes sans destinée à l’horizon.

Non, j’ai fini par comprendre que nous sommes le sacrifice du peuple et des dieux. Comme dans les temps anciens où il fallait du sang pour apprivoiser le ciel….

Ooh miens, que les crues vous portent encore et toujours, que les crues me portent encore et toujours. Soyez en fier et heureux. Nous donnons nos vies en offrande pour les enfants du ciel. Quel beau geste nous faisons. Au nom du néant nous enterrons les nôtres, au nom du peuple nous nous enterrons. Que le ciel nous en soit reconnaissant, que ses émissaires sur terre en soient satisfaits.

Maintenant, derrière cette fumée qui cache la froideur de ces âmes inertes. Retournez à vos affaires…..Nous, nous continuerons à périr. Comme Dieu sait reconnaître les siens, la mort n’aura pas du mal à nous reconnaître de son côté…..

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