Adieu Samira !

dernièreAujourd’hui quelque part entre le chaos et le néant, dans un bus qui trace le chemin vers cette destinée sans visage ni charme à désirer. Entre toutes ces personnes qui remplissent l’espace, ces angoisses et ces songes qui m’harcèlent dans mon être et qui me rappelle surtout une chose : j’ai beau savoir que je viens d’ici, je me rends compte à chaque instant qui passe que mon âme s’est rendue ailleurs. Depuis très longtemps pour me souvenir du moment fatidique qui a marqué cette rupture entre ce moi qui a périe, mais qui continue à exister dans les illusions de ce passé, et ce nouveau moi méconnu pour ma terre et pour les autres.

Parlons des âmes et des souvenirs. Parlons de ces visages que nous avons connus, qui nous ont traversés, mais qui se sont évaporés pour rejoindre la cruauté de l’oublie sans se retourner pour un dernier regard d’adieu, de reproche ou même de mépris. Quiet à nous blâmer et à nous dire toutes nos vérités. Celles de nos dénis et de nos tristesses inavouées. Celles de toutes ces douleurs que nous avons causés et celles de toutes ces personnes qu’on aurait pris dans nos bras et leur dire qu’ils n’étaient pas seuls au milieu de leurs larmes. Des fois, on se rend compte que les salauds de l’histoire, c’est bien nous. Nous, tout ce monde qui passe  le ciel devant les Hommes, devant tout ce qui est beau pour une poignée de promesses………

Dans ce bus pressé qui roule entre l’inconnu et l’enfer de nos attentes et de nos incertitudes, mon petit frère m’appelle «  bonjour fréro, je suis à l’hôpital Mohammed 6, Samira est décédée… ». J’avais envie de pleurer, mais quelque chose m’en a empêché. Il reste que mon cœur a commencé à saigner. Au lieu d’être triste, il y’avait un sentiment de honte qui m’avait traversé. Samira ma voisine, cette fille que j’ai coutoyé toute mon enfance. Cette fille avec qui nous avons partagé la froideur, l’insouciance, les douleurs et l’innocence des ruelles de ce petit village maudit. À tout hasard, et bizarrement, je me rappelle d’elle le premier jour où elle est allée à l’école, mais elle n’y était pas restée que quelques mois, puis a arrêté. Samira était une fille solitaire, avec un corps fragile marqué par les cicatrices d’une existence à faire pleurer les dieux. Une existence digne d’une tragédie grecque. Malgré tout ce qu’elle a enduré, Samira était un ange adorable qui vous marque même par son silence.

Je n’avais pas revu Samira depuis une dizaine d’années. Je l’ai revu l’année dernière quand on m’a annoncé qu’elle avait une leucémie quand j’étais de passage au village. Avec son cousin, nous avions fait la route vers Marrakech pour ses examens médicaux, là où elle rendu son dernier souffle un an jour pour jour. À y penser, sur toute la route, j’avais discuté peu avec elle. Elle n’avait pas changé : discrète, silencieuse et surtout digne. De ma vie, je ne l’ai vu se plaindre. C’était le cas ce jour-là aussi. À y penser aussi, son silence en disait beaucoup sur deux choses. Sur elle, car son histoire et sa vie sont écrites ainsi. Elle était fidèle à elle-même jusqu’au bout. Sur moi, car je me suis rendu compte, que le temps a fait son effet. Que j’étais parti très longtemps pour savoir parler, utiliser les mots d’ici pour exister.

Des images d’elles se précipitent sur le visage de cet horizon que ce bus essai de rejoindre désespérément. À se dire que cette fille ne remplira plus la solitude des ruelles de ce village angoissé. Se dire que le vent de l’automne à encore fait des siens et a commencé à souffler même en plein mois de juillet. À se dire que le monde s’est déjà détourné et attend le suivant. À me dire que chaque fois que je retourne dans ce village, j’y laisse une partie de moi. Quelque chose qui fera que ma terre continuera à se rappeler de son enfant qui a périe ailleurs.

Si cette tristesse indescriptible m’envahie encore davantage, c’est de me dire que j’ai beau continuer à fuir ce passé, que mes larmes se soient asséchées depuis toujours, il y a le souvenir de certaines âmes, comme Samira, qui me rappellent, de temps à autre, que dans l’obscurité de cette montagne abimée, il y’avait de la vie jadis………Repose en paix ma très chère Samira, que le silence de ce cimetière te rend justice, à défauts des Hommes, et que les cygnes puissent continuer à chanter ton nom sur ces collines que tu viens de déserter……

Publicités

2 réflexions sur “Adieu Samira !

  1. D’ordinaire, je ne pleure pas, car je ne savais plus pleurer. Et quel malheur de ne plus pouvoir pleurer. Mais quand je lis l’un de ces textes phénoménaux, une chaire de poule me traverse jusqu’aux entrailles de mon ame. Que ta plume soit eternelle…forte et innovante. Et que l’ame de Samira repose en paix.
    Je suis terriblement touché par tes mots. Samira aurait été hyper contente s’elle savait qu’un homme de noblesse et de grand coeur comme toi a songé a elle.
    Amen !

  2. D’ordinaire, je ne pleure pas, car je ne sais plus pleurer, et quel malheur de ne pas pouvoir pleurer. Mais quand je lis l’un de ces textes phénoménaux, je ressens une chaire de poule qui me traverse jusqu’aux entrailles de mon ame !
    Que ta plume soit éternelle…forte et innovante. Et que l’ame de Samira repose en paix. Je suis terriblement touché par tes mots. Samira aurait été contente s’elle savait qu’un homme de noblesse et de grand coeur comme toi a songé à elle.
    Amen !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s