L’exile des Hommes et des ombres

         LVAVDes fois, le fils du Maroc profond que je suis, je me retrouve envahi par un tas d’interrogations existentielles et autres. La première, et la plus importante, est celle qui concerne le sentiment d’appartenance à cette terre qui est censée être ma patrie, la terre de mes ancêtres depuis quelques millénaires déjà. J’ai la chance (ou la malchance) de parcourir le monde. À vrai dire, non par envie, mais pour autre chose. Un besoin de m’éloigner le plus possible et aspirer à accomplir quelque chose de mon absurde existence. Comme disait quelqu’un : « je ne poursuis pas un rêve, je fuis plutôt un cauchemar ». Cela dit, depuis que j’ai ouvert les yeux sur ce monde et ce sentiment de ne pas être vraiment chez moi s’est incrusté dans les entrailles de mon âme. Il y  est toujours d’ailleurs.

            Quand on se retrouve à ouvrir les yeux sur le monde au milieu de nulle part, je peux vous assurer que rien ne vous fait plus peur, ou ne vous surprendra par la suite. La mort ne vous dit plus rien, vous l’avez tellement côtoyé dans votre chair, que vous en êtes arrivés à ne plus savoir qui précède l’autre, la vie ou la mort. Dans tous les cas, chez moi, il y a plus de morts qui attendent de vivre que de vivants qui attendent de mourir.

            Je regarde la photo d’une personne qui s’approche de la centenaire. Son regard et son mode vestimentaire me disent qu’il vient de la même contrée que moi. Ses rides et les traits de son visage me rappellent bizarrement mon père qui, s’il était encore en vie aujourd’hui, aurait le même âge. Je vois de la fierté dans ses yeux et une dignité que ni le temps ni l’acharnement des vents venus d’ailleurs n’ont pas su effacer. Comme s’il disait au monde : « venez voir ce corps, contemplez-le….Mes cicatrices sont là pour vous rappeler que, comme j’ai su dompter le désert et les montagnes, je saurai rendre votre sommeil inconfortable, je vous rappellerai votre trahison, ce que vous avez fait de cette terre, toute cette douleur que vous lui avez infligé, toutes ces tentatives à ensevelir son histoire dans les profondeurs de l’abîme que vous respirez…. ».

            Le souvenir de ces visages aigris et meurtris m’a toujours obsédé, avec cette éternelle question : pourquoi nous ? Est-ce cela la récompense de quelqu’un qui n’a jamais accepté de négocier ou vendre son âme pour un semblant d’existence. Les miens ont toujours eu un seul problème, ils aimaient la liberté jusqu’à l’obsession. C’est pour cela qu’ils ont préféré la solitude des montagnes et les étendues du désert. Ils l’ont bien payé très cher, car on a fini par les oublier en fin de compte.

           On me parle de liberté, de dignité et d’égalité des chances dans ce pays. Des mots qui me donnent davantage envie de gerber qu’autre chose. Quand je regarde ma situation, et celle de milliers d’autres enfants de ce Maroc profond, qui se retrouvent obligés d’errer dans les pays des autres pour essayer de réaliser leurs rêves et trouver un semblant de dignité, comme l’était le cas de nos parents après la soi-disant indépendance. Ma foi, je me dis qu’on est le seul pays au monde dont, après avoir « obtenu l’indépendance (ou l’avoir vendu plutôt) », la population commence à déserter juste peu de temps après. Peut-être que celle-ci (la pseudo-indépendance) ne concernait pas vraiment ce peuple des profondeurs qui se retrouvait obliger à entamer, encore une fois, une autre marche, du désespoir celle-ci, pour une autre illusion de vie meilleure.

            Ma patrie, ou ce qu’il en reste, continue à m’obséder dans mes songes et mes rêves. Je continue à l’aimer et à espérer pour elle. Je veux me reposer sur la terre de ma mère, y vivre et mourir comme l’ont fait mes ancêtres. Mais, à chaque fois que j’y mets les pieds, je me rends compte que le fossé est devenu tellement grand que je dois me rendre à l’évidence. L’errance a encore de beaux jours devant elle, des milliers d’enfants de ce Maroc profond ont fini par partir avant moi, mon tour était venu, d’autres milliers me succèderont le tout naturellement au monde. Personne ne dira rien, car personne ne veut rien savoir.

            Je me plonge dans mes pensées et mes états d’âme, j’ai envie de me consoler en me disant que la destinée de mon peuple était d’être le fils du monde de par sa philosophie de vie. L’inconnu faisait partie de ses aspirations et voyages…..

           Moi, je me rends compte que je suis l’inconnu de cette histoire. Celle des miens qui a été décimée par le vent. Le peu qui y reste remplit encore les âmes de tous ses enfants qui se cherchent une patrie, désespérément souvent. Malgré cela, ils ne cessent d’espérer, continuellement dans le silence de leurs nuits, quand l’obscurité remplit les rues de ces villes habitées par le brouillard et les fantômes d’autres âmes qui les ont précédés et qui ont péri en espérant……

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