Tu es un regret…

train« Ça y est, je suis arrivée chez moi …. Je te fais un dernier au revoir ! Tu resteras un regret, mais je ne suis plus naïve et je sais bien que je ne te reverrais jamais…Ce qui est triste ». C’était le dernier mot qu’elle lui laissa au milieu de cette journée d’été marquée par un soleil qui semble porter dans son ardeur toute la colère des temps. Il resta un petit moment avec une sensation indescriptible, comparable à celle d’une âme qui vient d’heurter la solitude de ces montagnes qui survivent au néant. Entre ce sentiment de voir dissiper un rêve et la tristesse de voir ce visage disparaître dans l’inconnu de ce passé qui se précipite désormais sur cette terre et sur ce moment précis où il remémore tous les moments de cette rencontre. Ceux de la découverte, du malentendu, de la complicité, de l’incompréhension, du plaisir, de l’envie, de l’émotion et, pour finir, par la vérité cruelle du moment fatidique des au revoir.

Sur le moment, un sentiment de tristesse, mais aussi du déjà vu, le submerge. Oui en effet, il découvrit à l’instant qu’il a encore un cœur qui bat, des émotions et la force de s’attacher aux gens. Chose qu’il a oublié depuis l’éternité….Ce corps abîmé par les vents et les gens. Ce corps ayant traversé le temps dans l’incompréhension des dieux et la tragédie de toutes ces routes interminables qu’il n’a cessé de parcourir.

Découvrir qu’il était encore capable de s’arrêter sur la beauté d’une âme. La connaitre est en soi tout ce qu’il n’était plus capable de faire depuis bien des vies. Toutes ces vies qu’il a traversé et qu’il n’a cessé de fuir pour ne pas avoir à enterrer tous ces souvenirs qui font de ce corps ce qu’il est aujourd’hui.

Il se rappelle du moment où il s’est senti ridicule, car il se rendit compte qu’il y avait bien un vide laissé sur ce chemin où la rencontre vient de tirer sa révérence. Oui, ridicule ! Il s’est murmuré au fond de lui, car un tel sentiment n’a jamais fait partie de ses ressenties, ou du moins de par les souvenirs qui lui restent de son errance. Il faut savoir que son âme à rendu l’âme depuis très longtemps pour se rappeler c’est quoi ressentir le manque de quelqu’un.

Il lève les yeux vers le ciel, non pour prier les dieux, ni pour y chercher un espoir. Il regarde tout ce vide qui remplit ce moment. N’importe les larmes et les peines. N’importe les regrets et les choix qu’il aurait pu faire pour changer l’aboutissement de cette destinée. Il sait une chose, son existence ne s’est jamais conjuguée au temps des Hommes et des dieux. Que son corps n’aura jamais à marcher dans l’ombre comme le font tous les autres. Mais, il sait aussi que cette destinée, et cette histoire qui est la sienne, font qu’il a encore des plaines et des collines à parcourir, qu’il a encore beaucoup de larmes à essuyer……..Mais qu’il a aussi beaucoup de sourires à croiser. Ceux de toutes ces femmes et ces enfants qui lui ont toujours montré le chemin, qui lui ont permis de se rappeler de ne pas oublier de croire encore en cette vie et en la beauté de l’inconnu et le hasard de toutes ces rencontres.

Sur ce même moment, il se rappelle de l’instant où leurs regards passionnés se sont fixés. Elle lui lança «  Tous ces mots que tu viens de me dire….Combien de femmes ont déjà succombé ?….Je sais qu’elles sont nombreuses….». Comme une confession, il se murmura au fond de lui «  Peut-être qu’une partie de ces mots ont été déjà prononcés pour d’autres femmes….Mais cette fois-ci, je sais qu’il s’agit de plus que de vains mots….Une partie de moi s’est évanouie dans ce regard pour se réincarner en cette agréable ivresse qui remplit mon âme en contemplant tes traits… ».

Ce moment continue comme une éternité. Il sait que l’horizon est jaloux, que celui-ci doit être rejoint sous peu. Il baissa son regard vers le sol, comme s’il cherchait les traces d’une vie. Les pas de cette rencontre aussi absurde que marquante, aussi inattendue que bouleversante….aussi intrigante qu’enivrante….

Ce regard qui vient de rejoindre l’éternité de ce passé noyé par la nostalgie…et les regrets. « Quelle sensation terrible à ressentir des regrets !», il se dit. Des regrets sur quoi ? Sur l’illusion de ce moment qu’il aurait aimé voir durer pour l’éternité. Fermer les yeux et se voir porter dans un autre monde où ni les acharnements des Hommes ni ceux des dieux ne risquent de venir perturber cette quiétude qu’il vient de découvrir dans les yeux de cette femme qui a surgi des entrailles de ce monde qui lui a été toujours étranger.

Qu’ai-je donc fait ? À avoir succombé à l’ivresse de ce moment hors du temps et loin du royaume des Hommes, loin de tous les temps sans moindre intérêt pour les foules. Il se ressaisit pour se dire qu’il ne regrette pas d’être venu d’aussi loin sans la moindre connaissance de ce qui allait se passer ici. Il rajoute qu’il ne regrette pas non plus de se voir repartir vers l’inconnu en ayant à abandonner une partie de lui sur cette colline, et de voir une autre partie s’éloigner derrière la grisaille de cette mer incertaine. Il se dit que la folie peut rendre heureux…..Il était heureux ce court instant aussi.

Il se dit aussi que le sort peut nous pousser à verser des larmes, de joie ou de tristesse peu importe. Pleurer c’est qu’on a un cœur qui bat encore. Il se dit qu’il s’est trompé peut-être d’avoir laissé cette inconnue s’aventurer dans les hésitations de son âme. Mais comme ça aussi pour l’éternité, il se dit que la vie parmi les autres vaut bien la peine de laisser saigner ce cœur, ressusciter la vie dans ce corps qui a oublié c’est quoi aimer depuis toutes ces vies qu’il a traversé.

Entre l’ardeur de ce soleil en colère et ce début de vent portant avec lui toute la tristesse de cette journée. Il se dit qu’il est peut-être temps de reprendre le chemin de l’errance. Fermer la porte derrière cette histoire et lui tourner le dos…..Au moment où il s’apprêtait à jeter la clef de cette porte dans les entrailles de l’oubli, ceci pour toujours, il relit ce message pour une ultime fois comme une prière du désespoir. Dans le texte, il s’arrêta sur « … Je te fais un dernier au revoir ! »….Un petit moment de silence au milieu de cet autre silence déjà pesant…..Dès le moment où ce n’était pas un « dernier adieu », il y a toujours cette lueur d’espoir minime de voir les chemins se recroiser. Pour lui, dans un mois, un an ou dans dix ans, peu importe. Le fils du temps et du néant qu’il est, il sait que toute rencontre a sa raison d’être, et cette rencontre, toute insensée, absurde, passionnante qu’unique qu’elle est, ne peut faillir à sa promesse. Ainsi, avant de reprendre sa route, il laissa finalement la porte de ce passé entrouverte, se disant qu’on ne sait jamais, ce passé pourra renaître de ses cendres un jour, quand ? Peu importe…..Toute la beauté de cette histoire, c’est qu’elle a eu lieu, et qu’elle lui a appris qu’il est encore en vie et qu’il sait encore s’attacher….

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