L’angoisse de toutes ces ombres cassées….

murJ’étais en train de trainer à pied. Je décidais d’aller faire un tour du côté de mon ancien lycée. Sous ce soleil de plomb, je contemplais un peu l’horizon qui m’entoure. Quelques souvenirs me reviennent d’ici et là. Les jeux de cartes sous les murailles du lycée pendant le mois de ramadan avec mes camarades, etc. Je m’arrête un peu me posant la question, que sont devenus tous ? Aucune nouvelle depuis l’éternité. J’ai essayé de fuir ce temps des regrets….

Je me dirigeais vers une petite colline qui surplombe le lycée. Le vieil arbre est toujours là. Il a pris des rides certes, mais il continu à lutter contre l’oubli. Cet oubli qui a couvert cette terre depuis la création…. Comme dans un moment de folie, j’avais envie de lui parler. Lui demander de ses nouvelles. Lui raconter toutes ces vies que j’ai traversées…..Qu’il me raconte toutes ces vies qui ont bourgeonné ou périe devant lui. Nous avions beaucoup de choses à nous dire, mais le silence reste la plus belle des communications……

Je me suis posé sur son tronc. Je contemplais tout cet horizon incertain qui m’entoure…..Des images, des illusions et des pleures aussi…..Des sourires et des murmures me reviennent du fond du passé pour me rendre visite….

Dans un moment d’insouciance, je me rappelais de l’une de mes premières fois à aborder une fille. Un petit sourire me gagna en cet instant précis. Entre les hormones et le désir. Nous étions innocents, par nos amours et nos douleurs…..par nos silences et nos joies….

Cette fille ! Qu’est-ce qu’elle est devenue ? Elle a grandie certes. Elle a peut-être des enfants. Beaucoup d’enfants sûrement…..Je me rappelle de ses yeux, de sa voix et de son regard qui portait en lui toute l’ardeur de ce soleil qui est en train de me bruler à l’instant. Je me rappelle aussi que je lui avais écrit une lettre. Le prix de l’enveloppe était payé par mon frère. La solidarité jusqu’au bout. Dans le « péché » comme pour le ciel ! J’ai essayé de remémorer ce que j’avais écrit dans cette lettre absurde. Sûrement quelque chose du genre : «  mon amour …, c’est avec une grande passion que je t’écris ces mots. Tu es…. ».

J’ai l’impression de retomber dans la désinvolture de ce passé…Ce passé qui nous a fait et défait…qui nous a fait et brisé tant de fois….Je me dis qu’en final, nous l’avions bien mérité aussi…..Nous sommes des êtres maudits et abimés, même dans l’amour et la passion…..Même dans la joie nous sommes maudits…..Même dans le rêve nous sommes maudits aussi….

Je plongeais mon regard vers les autres arbres qui surplombent la colline avoisinante. Je remarque deux jeunes adolescents, les regards aussi craintifs qu’angoissés. Un rendez-vous d’amoureux certes. L’endroit est toujours fidèle à sa mission. Protéger les premières prémisses de l’amour et du désir qui bourgeonnent sur cette terre…..Cette colline semble résister à tous ces discours stériles de pureté et surtout d’hypocrisie sociale dans laquelle nous nageons à longueur de nos existences….Un autre moment de vie et de paix loin de la brutalité de ce monde qui les guette…

Pourtant cela existe, à 400 mètres d’une mosquée ou à 300 mètre d’un bureau de police, etc….Je me rendis compte qu’il y avait dans ce portrait l’expression de toutes ces choses que cette société s’est décidée de recaler à la vie des sous-sols et des égouts. Tout ce qui pue peut être senti mais pas vu. C’est mal, ce n’est pas parce que c’est mal. Non, c’est parce que cela nous renvois tout ce que nous détestons en nous : La vérité crue, puante, douloureuse et bien sûr interpellatrice. On le fait et on le refuse pour les autres….Nous sommes le peuple de Dieu, mais nous refusons d’être le peuple des Hommes. Celui qui accepte ses propres failles et faiblesses…Celui qui accepte qu’il est un être du désir et de vie. Ici, le relatif n’est pas permis….

Je me rends compte que je n’ai jamais aimé ni « toléré» les discours moralisateurs, du « religieux », passant par la « tradition » et en arrivant à celui du « patriotisme »….J’ai toujours cru en une seule chose, la morale n’est qu’une autre forme de commerce des symboles, très souvent lucratif, dont le but est d’endormir les esprits, les corps et les âmes. La perfection et de la pureté comme slogan (et au bout l’épée)…..Chose, humains que nous sommes, ne pourrons jamais atteindre. Tout le monde est faillible, même la nature et toutes ses lois aussi complexes que fascinantes…Vous allez me dire que la perfection est divine….

Je reprends mes esprits et je rebrousse le chemin. Au milieu de ce silence qui m’entoure…..Au milieu de tous ces souvenirs qui me submergent…..Je m’arrête une dernière fois pour lire ce qui est écrit sur ce panneau où le nom de mon ancien lycée apparait….J’aurais bien remplacé le mot « roses » par « regrets »….le « lycée des regrets »….

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