C’était le temps de dormir…

Taddarte, fissureC’était le temps de dormir…

Le temps de fermer ces yeux inutiles….

Se détourner de ce monde inutile…

De ces gens inutiles…

De ce moi inutile…

Au milieu des cendres de ce rêve….

…..La fumée s’envole pour se dissiper dans l’infinité de cette nuit incertaine….

A ne plus sourire, à ne plus pleurer, à ne plus mourir, à ne plus rêver aussi….

Sur la rive de ces illusions qui me retiennent encore en vie…..

J’avais entamé ce chemin sans savoir où aller….

Oh insouciance ! Auras-tu encore à me fréquenter ?…..

Ou as-tu fini par ne plus vouloir me ressusciter ?…..

Toi, cette obscurité qui m’habite et me console….

Toi aussi, m’abandonneras-tu un jour ?

Oh nuit ! Confesse-moi tes doutes…

Nous avons tout le temps pour pleurer nos déboires…

……Viens m’apporter ce peu de lumière qui te reste de ce passé…

Tout ce temps à oublier et à me faire oublier…

Tout ce temps à panser mes blessures dans l’ombre de ces routes sans visages…..

Les cygnes se refusent de chanter désormais….

Tout le monde a déserté….

C’était le temps de dormir…

Pour essayer de rêver…

Vivre autrement…

Déserter par exemple…

Espérer autrement…

Désespérer autrement aussi…

L’éducation et mourir

Ecole-dans-lAtlas-marocainL’ignorance est la meilleure protection pour ceux qui n’ont pas de légitimité, ni historique ni intellectuelle….ni citoyenne surtout. Celle-ci (l’ignorance) permettant de perdurer l’idée que la vérité est figée, et surtout révélée, que les choses doivent rester comme elles sont depuis des siècles. De fait, on ne change rien, car l’inconnu a toujours fait peur, et la tradition, aussi dépassée ou injuste soit-elle, est une nécessité contre vents et marées. En effet, dans des sociétés comme la mienne, où on gouverne encore avec « la légitimité du sang » (ou « traditionnelle » : issue de la régularité intrinsèque des coutumes et des traditions, selon la classification de Max Weber), l’éducation et la culture restent les pires ennemies des ordres établis et des dogmes sur lesquels sont bâtis ces modes de gouvernance qui ne trouvent leur salut que dans les marécages troubles du passé.

Il y a quelque temps, j’échangeais avec une compatriote qui fait un doctorat dans une université occidentale. La fille en question est originaire de ce qu’on appelle le Maroc profond…l’autre Maroc loin des dieux et des hommes.  Ma surprise (ou pas vraiment) était de savoir que l’angoisse existentielle première de la fille n’était pas d’ordre professionnel. Loin de là. J’imagine qu’elle a toutes les compétences pour aller aussi loin que quelqu’un qui est né avec une cuillère en argent dans la bouche….et sans passer par « la mission française ».

En effet, la préoccupation de la jeune fille était le risque de se retrouver sans mari à cause de son choix de faire de longues études. En d’autres mots, elle a le sentiment qu’elle commence à dépasser « l’âge optimal » pour « trouver » un mari, comme le nécessite la coutume…. De plus, et ce qui ne facilite pas les choses pour elle, c’est que sa famille exerce sur elle une pression insupportable en ce sens. Personne ( ou peu) ne voit en elle un symbole de réussite intellectuelle et émancipatoire d’une fille issue du néant, mais un projet de femme au foyer « raté » qui risque de passer sa vie toute seule. Ceci dit, se voir privée d’un mari qui saura la « nourrir »…..et au passage, participer à faire perdurer l’espèce…..Ce qui fait que ce n’est pas de la science-fiction, c’est une réalité, même en 2015.

Il est évident qu’une femme libre et émancipée a toujours fait peur dans une société conservatrice où la tradition est étouffante. Cette situation, tout le monde y participe. De plus, une population éduquée et consciente de ce qui se passe dans son monde a toujours constitué une source d’inquiétude et de méfiance pour les élites dirigeantes  dans tous les pays du tiers-monde, y compris le mien. En effet, pour ces dernières, il n’y a jamais mieux qu’une population analphabète et docile qui n’a qu’un seul désir dans ce monde : aller au paradis. On construit des temples, mais peu d’écoles. Après tout, les dieux s’occuperont de rendre justice dans l’au-delà….

A l’opposé, si un jour, cette même population aura la chance d’avoir accès à l’éducation et à la culture, comme c’est le cas dans les sociétés qui se respectent et pour qui la première richesse reste le citoyen. L’idée sur la place et le rôle de la femme changera le tout naturellement au monde, car à ce moment-là, c’est la citoyenneté qui prime sur le reste. On pourra ainsi se féliciter des réussites féminines qui deviendront la norme et non plus l’exception. Ainsi, l’égalité en droits et en devoirs -en abstraction du GENRE, de la religion ou de la DESCENDANCE- sera désormais acceptée comme nouvelle convention sociétale.

En attendant, on pourra toujours rêver d’un pays où une fille du peuple aura la chance de se tracer un avenir jusqu’au sommet, au lieu de vivre dans l’angoisse de ne pas avoir un mari qui viendra la « sauver » de sa « détresse » existentielle. Un pays où des parents puissent fêter la venue au monde d’une fille au même titre qu’un garçon. Qu’une femme comme ma mère, une veuve qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école et qui a réussi à élever dix enfants sans l’aide de personne, devenir citoyenne complète au même titre qu’un homme. Un pays qui ne fait pas de distinction ou de préférence entre ses enfants, où tout le monde est égal en droits et en devoirs. Un pays où le seul critère de réussite est le mérite, en abstraction de l’affiliation, du genre, de la religion, de la couleur de peau, ou de toute autre chose…..

Le triomphe des imbéciles

Etre humainAprès les attenants de Paris, je suis habité par un sentiment pénible. Ce soir, j’avais un douloureux besoin d’écrire. Ce n’est pas parce que j’ai pu faire partie des victimes. Il faut dire qu’avec cette tragédie, je me suis rendu compte que personne n’est épargné. Je l’ai compris quand ma petite sœur m’a appelé, angoissée, pour savoir si j’allais bien, car elle savait que j’étais de passage à Paris pour un congrès. Je l’ai rassuré que je suis bien rentré chez moi depuis une dizaine de jours.

À vrai dire, je commence à traîner un sentiment de désespoir pour cette humanité en laquelle j’ai toujours cru. Après chaque drame, tout le monde prie ou appelle à la prière pour l’âme des victimes. Les prières nous permettent-elles de fuir encore et toujours nos angoisses ? Quoi d’autre ? Les dieux ont toujours su couvrir nos bêtises et épargner cette douloureuse et pesante remise en question de nos vies. Le bourreau et la victime prient, des fois le même Dieu. Je me demande, laquelle des deux prières sera exhaussée ? Vu que tout le monde semble se dire qu’il a raison. De plus, si tout le monde a raison, qui a tort alors ?

Quand je regarde autour de moi, je me dis : soit les dieux se foutent bien de nous en nous voyant giser dans le sang de ces guerres et drames interminables. Soit, il n’y a personne là-haut, et là c’est encore pire. Ce n’est pas parce que ceux qui se sont tués, et tués, pour tel ou tel Dieu n’auront pas le paradis promis, mais parce que j’ai envie qu’il y’ait quelqu’un pour rendre des comptes de toute cette tragédie que vit l’humanité. Quelqu’un qui aura à s’expliquer sur tout cela…

Je me dis que le monde se doive d’instaurer une journée mondiale sans Dieux. Cette journée-là sera consacrée à célébrer l’Homme tout court. Pas besoin de prière ou de bénédiction de qui ce soit ce jour-là. Juste besoin de l’humanité en nous, le reste se fera tout seul. Il faut reconnaître que j’ai démissionné de la vie des temples et des clergés depuis très longtemps pour savoir encore prier ou psalmodier nul verset. Ce n’est pas pour autant que j’ai perdu de la compassion ou le sens de l’amour du prochain. Sauf que dans mon cas, je le fais sans attendre de récompense dans l’au-delà…..

En attendant,  j’ai de plus en plus mal pour l’humain en nous, ou ce qu’il en reste en fait. Oui, avec les temps qui courent, il n’y a que les imbéciles qui sont visibles et qui triomphent: ceux qui veulent aller au paradis en égorgeant des innocents et ceux qui veulent jeter tous les étrangers, les damnés et les réfugiés du monde dans la mer pour sauver la « race ». D’un bord et l’autre, on ne voit que des idiots qui veulent en découdre. Pour le reste du monde. Les autres qui veulent juste vivre et aimer. Ils essaient de continuer leurs vies dans l’espoir de ne pas croiser le chemin de la bêtise, d’un bord ou de l’autre.

Si tout tient à la prière, je ne la veux pas. Je veux juste un peu d’humanité, ce n’est pas trop demandé pour l’idéaliste naïf que je suis. Je me rappellerai toujours des mots de l’oncle d’un ami à qui on a diagnostiqué un cancer : « À ma mort, je vous interdis de prier pour moi. Je ne veux pas de prière de personne. Vos larmes, s’elles sont sincères, me suffiront». Moi aussi, ce soir je n’ai pas besoin du ciel ni de prière. J’ai juste besoin de ce qui fait de moi cet être qui sait s’attrister, vivre, rire, pleurer…mais surtout aimer. J’ai juste besoin de l’humanité en moi…en nous.