L’éducation et mourir

Ecole-dans-lAtlas-marocainL’ignorance est la meilleure protection pour ceux qui n’ont pas de légitimité, ni historique ni intellectuelle….ni citoyenne surtout. Celle-ci (l’ignorance) permettant de perdurer l’idée que la vérité est figée, et surtout révélée, que les choses doivent rester comme elles sont depuis des siècles. De fait, on ne change rien, car l’inconnu a toujours fait peur, et la tradition, aussi dépassée ou injuste soit-elle, est une nécessité contre vents et marées. En effet, dans des sociétés comme la mienne, où on gouverne encore avec « la légitimité du sang » (ou « traditionnelle » : issue de la régularité intrinsèque des coutumes et des traditions, selon la classification de Max Weber), l’éducation et la culture restent les pires ennemies des ordres établis et des dogmes sur lesquels sont bâtis ces modes de gouvernance qui ne trouvent leur salut que dans les marécages troubles du passé.

Il y a quelque temps, j’échangeais avec une compatriote qui fait un doctorat dans une université occidentale. La fille en question est originaire de ce qu’on appelle le Maroc profond…l’autre Maroc loin des dieux et des hommes.  Ma surprise (ou pas vraiment) était de savoir que l’angoisse existentielle première de la fille n’était pas d’ordre professionnel. Loin de là. J’imagine qu’elle a toutes les compétences pour aller aussi loin que quelqu’un qui est né avec une cuillère en argent dans la bouche….et sans passer par « la mission française ».

En effet, la préoccupation de la jeune fille était le risque de se retrouver sans mari à cause de son choix de faire de longues études. En d’autres mots, elle a le sentiment qu’elle commence à dépasser « l’âge optimal » pour « trouver » un mari, comme le nécessite la coutume…. De plus, et ce qui ne facilite pas les choses pour elle, c’est que sa famille exerce sur elle une pression insupportable en ce sens. Personne ( ou peu) ne voit en elle un symbole de réussite intellectuelle et émancipatoire d’une fille issue du néant, mais un projet de femme au foyer « raté » qui risque de passer sa vie toute seule. Ceci dit, se voir privée d’un mari qui saura la « nourrir »…..et au passage, participer à faire perdurer l’espèce…..Ce qui fait que ce n’est pas de la science-fiction, c’est une réalité, même en 2015.

Il est évident qu’une femme libre et émancipée a toujours fait peur dans une société conservatrice où la tradition est étouffante. Cette situation, tout le monde y participe. De plus, une population éduquée et consciente de ce qui se passe dans son monde a toujours constitué une source d’inquiétude et de méfiance pour les élites dirigeantes  dans tous les pays du tiers-monde, y compris le mien. En effet, pour ces dernières, il n’y a jamais mieux qu’une population analphabète et docile qui n’a qu’un seul désir dans ce monde : aller au paradis. On construit des temples, mais peu d’écoles. Après tout, les dieux s’occuperont de rendre justice dans l’au-delà….

A l’opposé, si un jour, cette même population aura la chance d’avoir accès à l’éducation et à la culture, comme c’est le cas dans les sociétés qui se respectent et pour qui la première richesse reste le citoyen. L’idée sur la place et le rôle de la femme changera le tout naturellement au monde, car à ce moment-là, c’est la citoyenneté qui prime sur le reste. On pourra ainsi se féliciter des réussites féminines qui deviendront la norme et non plus l’exception. Ainsi, l’égalité en droits et en devoirs -en abstraction du GENRE, de la religion ou de la DESCENDANCE- sera désormais acceptée comme nouvelle convention sociétale.

En attendant, on pourra toujours rêver d’un pays où une fille du peuple aura la chance de se tracer un avenir jusqu’au sommet, au lieu de vivre dans l’angoisse de ne pas avoir un mari qui viendra la « sauver » de sa « détresse » existentielle. Un pays où des parents puissent fêter la venue au monde d’une fille au même titre qu’un garçon. Qu’une femme comme ma mère, une veuve qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école et qui a réussi à élever dix enfants sans l’aide de personne, devenir citoyenne complète au même titre qu’un homme. Un pays qui ne fait pas de distinction ou de préférence entre ses enfants, où tout le monde est égal en droits et en devoirs. Un pays où le seul critère de réussite est le mérite, en abstraction de l’affiliation, du genre, de la religion, de la couleur de peau, ou de toute autre chose…..

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