Un moment du temps emprunté !

photo tioska« (…) ils ne pleuraient pas, ils ne suppliaient pas, il n’y avait plus en eux ni désir ni révolte, et ils basculaient sans un cri dans la fosse commune, ils tombaient vers la mer dans une longue chute silencieuse (…) ils me rendaient mon regard, ils voyaient mon visage et leurs yeux étaient vides, je m’en souviens très bien, on n’y trouvait aucune trace de haine, aucun jugement, aucune nostalgie, on n’y trouvait plus rien si ce n’est peut-être la paix et le soulagement d’être enfin libérés car grâce à nous, mon capitaine, aucun d’eux ne pouvait plus ignorer que le corps est un tombeau (…). » ( Jérôme Ferrari -Où j’ai laissé mon âme-)

Ces sentiments mélangés….…et la vie dans tout cela ? J’y traîne encore. Pour l’instant, ici ou hors d’ici, peu importe. Quelle différence en fin de compte ?

Il est bizarre ce sentiment de se savoir en vie. On m’en a toujours parlé. Mais à mon souvenir, je ne l’ai jamais sentie ou ressentie. Il y a quelques mois, quand je suis parti rendre visite à ma mère au village, j’ai été agressé dans une gare. Le visage bien amoché. J’ai failli perdre un œil, et la vie au passage….. Des voleurs ou autres ? Je ne saurais pas dire. Une chose est sûre, c’est que je n’avais pas ressentie de peur particulière, surtout pour ma vie….

Le seul moment de paix que j’ai ressentie depuis une éternité, c’est quand je suis tombé par terre et perdu connaissance. Plongé dans un noir immense et un silence agréable. Pour une fois que je ne me posais pas la question : pourquoi ? Dans tous les cas, les autres auraient blâmés et maudits les malfrats. Mais moi, je les ai remercié pour m’avoir permis ce laps de temps d’insouciance et ce petit voyage au fin fond de mon âme….

Je fais aussi le bilan de mon errance. La moitié de ma vie, passée sur les routes depuis ma sortie de l’adolescence. L’autre moitié s’est évanouie dans l’incertitude de mes souvenirs orphelins. Ce que j’ai de tout cela, deux valises et beaucoup de cicatrices qui décorent mon corps. Quelques souvenirs heureux malgré tout….

Je regarde les recoins de cet appartement ! Rien ne m’appartient. Si ce n’est mes angoisses entre ces murs….Ce tableau figé. Il essai tant bien que mal de colorer cet espace. Rien n’est fait, il est en noir et blanc….Ce qui est triste, c’est que demain avant mon départ, je le mettrai devant la porte de ce bâtiment. Priant que quelqu’un puisse le récupérer….

Je regarde aussi ces meubles. J’ai une tendresse particulière pour cette vieille chaise boiteuse. Elle me rappelle ma vie boiteuse aussi. Ces cahiers et livres qui traînent un peu partout. Les seuls compagnons de route que je n’ai jamais pu abandonner. Peut-être, parce que c’est les seuls qui ont su me parler. Me dire mes vérités sans avoir peur de me briser ou de me voir pleurer. Une vie dans un tas d’angoisses couvertes de poussière….

À l’instant, j’ai une profonde envie de danser. Une dernière danse pour mon âme. Pour mon existence. Pour tout ce périple qu’est ma vie. Danser avec l’ombre de ce passé qui me hante. Prendre mon destin entre mes bras et faire quelques pas de danse avec lui. Danser avec toutes ces tristesses qui me dévisagent sur les bords de ces routes, de ces fenêtres, du haut de ces collines. J’ai envie de sortir de mon corps pour quelques instants. M’envoler dans l’air. Voir le monde du haut. ….. Pouvoir mesurer les distances que j’ai parcourues à ce jour…..J’ai juste envie de danser au milieu de ce silence qui traverse ces rues qui ressemblent à des blessures ouvertes….Juste danser…

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Les nouvelles de la pluie !

tof amaneC’est quand on s’installe quelque part que notre voyage commence. Oui en effet, on rentre entre ces nouveaux murs, ce nouvel espace. L’incertitude nous gagne, l’inconnu nous guette. On ne sait pas par quoi commencer pour faire partie de ces lieux, ou par où aller pour commencer tout court….

On attend, on médite, on ferme les yeux et on a l’impression de passer de l’autre côté de l’ombre….

On ré-ouvre les yeux…. Les mêmes murs, le même silence…. Ce sentiment de froid qui se mêle à la solitude de l’instant présent, interrompu de temps à autre par une chaleur venant de ce passé qui a déjà tiré sa révérence depuis ce matin où on a pris la route…..Oui, le passé n’est jamais achevé…Peut-être qu’il est inachevable après tout !

On se met à regarder dans la fenêtre. De nouveaux voisins, de nouveaux jours, de nouveaux espoirs aussi….

Au milieu de toute cette incertitude, on essaie de mettre de l’ordre dans nos pensées, dans nos regrets… Mais aussi dans nos attentes pour la vie….

Après tout, c’est pour cela qu’on se retrouve ici à l’instant….. On a quitté toutes ces vies pour courir derrière la Vie. Tourner le dos à la médiocrité de notre passé. De ces maisons et ces arbres déracinés…Mais aussi ces trahisons que les jours finiront par dissiper…. ou pas….

Je me rappelle des mots d’Hannah Arendt, la solitude oblige à avoir une discussion entre soi et soi-même. Oui, c’est terrible et c’est bien cela. Les premiers pas dans ce nouveau monde. Ces nouvelles –anciennes-  incertitudes qui vous gagnent….

Pourquoi et comment de tout cela ? Au fond de vous, vous savez que vous n’aurez jamais de réponse…..

Vous faites avec et vous essayez de passer à autre chose. Peut-être bouger les meubles, faire un peu de ménage ou vérifier si vous avez de l’eau chaude, etc….

Il reste que j’ai l’air d’un fiévreux au milieu d’une pluie de balles perdues. Le naufragé de quelque chose…Devenu désormais ce qu’on pourrait appeler un concept d’être.  C’est ici aussi où on se rend compte qu’il y a notre vérité, celle des autres et la Vérité…..Celle qui relève des dieux et que les créatures tremblantes ont placé au-dessus du reste…. Même la vie….

Je n’ai pas envie d’oublier toutes ces choses. Tout ce dont j’ai envie c’est de ne pas m’en souvenir. Personne ne consent à la douleur, sauf ces êtres abîmés pour qui la tragédie est une prière…. Avant le vide éternel, le châtiment…. Au-delà de la sentence, peut-on avoir des remords, quand notre seul crime était de vouloir être ? Ceci dit, à l’instant, je me rends compte qu’avoir des remords c’est accepter de souffrir…

Je regarde le ciel de cette fenêtre ouverte vers l’inconnu. Une question m’obsède : Devant ce mal qu’est la création, n’est-il plus légitime de reprocher au ciel toute cette tragédie que nous vivons au quotidien, au lieu de le remercier de nous avoir créés pour le prier en pleurant nos blessures ? …. Je sais que c’est ridicule…. Au-delà du fait que je suspecte plus ou moins l’issue de la réponse, le plus difficile est de savoir avec quel sentiment pourrait-on affronter ce dénouement ? De la pitié, du mépris, de l’indignation, de l’attendrissement ou même de l’indifférence tout court….que sais-je ?

Dans cette mélancolie qui m’habite en attendant les nouvelles de cette pluie qui tarde à tomber, je me suis résigné à dire, à quoi bon de persister à essayer de corriger les faux raccords de nos existences ? Le passé n’est-il finalement qu’un présent déchu et le présent, un passé en devenir….