La révolte des âmes médiocres…

J’ai rencontré un voyageur venu d’une terre antique qui m’a dit : « Deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste se dressent dans le désert….. Près d’elles, sur le sable, à moitié enfoui, gît un visage brisé dont le sourcil froncé, la lèvre plissée et le sourire de froide autorité…. Disent que son sculpteur sut lire les passions… Qui, gravées sur ces objets sans vie, survivent encore…. À la main qui les imita et au cœur qui les nourrit…. Et sur le piédestal il y a ces mots : « Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois…. Voyez mon œuvre, vous puissants, et désespérez ! »….. À côté, rien ne demeure…. Autour des ruines… De cette colossale épave, infinie et nue, les sables monotones et solitaires s’étendent au loin…. » (Percy Bisshe Shelley – 1818)

Les mots sont la seule consolation devant l’absurdité de ce monde ennuyeux qui nous entoure…..

Pour toutes ces rencontres que nous avons déserté, c’est que nous sommes arrivés trop tôt ou trop tard pour les regarder dans les yeux….

Il s’agit de tout sauf de rien. Il suffit de regarder tous ces oiseaux sans nids, qui n’atterrissent que pour périr….

Il y a des moments où on se rend compte que même la médiocrité de nos cœurs devient émouvante….. Mon âme n’est pas lâche, elle est juste ridicule jusqu’à en devenir boulversante….

Cette tendresse affligeante qui insupporte mon être……Une sorte de pitié déçue qui se mêle à l’injustice de la création et cette absurdité que nous sommes : « Vous qui avancez, abandonnez toute espérance » (Dante – Divine Comédie)….Le chemin vers l’horizon est perdu…

Nous ne pouvons pas empêcher quelqu’un de nous aimer…. Comme nous ne pouvons pas nous empêcher de décevoir la haine à nos âmes….

Quelle insolence et quelle brutalité : l’amour comme évangile de la perdition…Une dérivation consolatrice….. Comme toute promesse navrante du paradis…..

Aimer n’est-il finalement qu’un déni de justice ?

Peut-on accepter que le vide soit le seul paradis qui nous est promis, finalement ? …Une sorte de mélange entre révolution et soumission….. Ne dit-on pas que la révolution consiste à aimer quelqu’un (ou quelque chose) qui n’existe pas encore……ou qui n’exisetra jamais….. La douloureuse confrontation entre le rêve et la brutalité mécanique de notre réel….. L’impossible sagesse qui n’est que pour dessiner l’artifice de notre folie….

À y penser, j’avais compris qu’il faut se méfier de nos vertus et non de nos vices….. Ces derniers sont tout ce qui est de plus vrai en nous…… Nos êtres nus devant ce miroir des vérités qui hante la solitude de nos rêves…… Le seul moment où l’illusion n’est plus…… Quand le vent danse sur nos angoisses, sans que la lune y porte nulle attention ni en ressente aucune pitié…..

Que la nuit puisse nous délivrer de la lourdeur que la liberté afflige à nos corps…… Personne n’est innocent…….Encore moins les dieux….

Avoir accepté de vivre, c’est accepter d’être coupable….. D’emblée, personne ne peut se proclamer juge……

De mon côté, je reconnais que la perfection m’a toujours déçu, c’est pour cela que je n’ai jamais eu d’intérêt pour le paradis et de ce qui pourrait s’y retrouver……Ayant peur d’être désenchanté, j’ai pris les devants et annoncer mon désintérêt pour une telle offre…..La perfection, comme la beauté d’ailleurs, nuit à la vérité….Encore plus à la justice…..

Qui sommes-nous si ce n’est les débris de toutes ces choses que nous n’avons jamais su oublier….Quand les souvenirs ne se conjuguent qu’en traces de larmes…Que continuer à vivre n’est qu’une forme de protestation contre la vérité…..Une sorte d’artéfact qui nous permet de supporter la froideur de nos corps….. Nos âmes ? Elles ne sont qu’un sujet banal…

La désillusion est souffrance, mais à combien nécessaire pour faire revivre en nous la flamme de la vie.…. La folie comme forme de sagesse….