Ainsi parlaient les ombres angoissées

« (…) Et je me remis à observer, et je vis les actes d’oppression qui se passent sous le soleil. Partout des opprimés baignés de larmes, et personne pour les consoler! Des gens suppliant qu’on les tire des mains de ceux qui les oppriment, et personne pour les délivrer.

Alors je félicitai les morts, préférant le sort de ceux qui ont disparu avant nous au sort des vivants dont l’existence s’est prolongée jusqu’à présent. Plus heureux que les uns et que les autres me parurent ceux qui n’ont jamais existé, puisqu’ils n’ont pas vu les choses qui se passent sous le soleil (…) ». (« L’Ecclésiaste : Un temps pour tout », traduction Ernest Renan)

Qu’il en reste que l’ombre de mon visage défiguré dans l’obscurité de cet hiver. Je suis fatigué, même les battements de mon cœur me font mal. Non, je souffre pas, j’ai juste mal à en perdre connaissance….

Je pourrais vous parler de toutes ces angoisses qui n’ont cessé de frapper à la porte de notre enfance. En dessous de mes paupières fermées, il y a un regard résigné…. Tous ces souvenirs qui ne m’appartiennent pas et dont je porte la nostalgie….La nostalgie de ce temps où je n’étais pas né…..De ces sourires, ne reste que la politesse du désespoir… Et ce besoin de disparaître de soi….À ne plus participer au présent ou encore moins à accrocher le regard sur le temps et l’horizon…

Juste besoin de fermer ces yeux et errer dans le vide de cette âme….Il n’en restera plus que les débris de cette vie et nul espoir en quelconque générosité….Encore moins de sourire…. L’immortalité du vide… Ce moi sans âme…

Cette âme fissurée comme le sont mes rêves et mes songes…. Je ferme les yeux pour les rouvrir sur ce même non-sens qui est le monde…. Il me suffit de rester le plus loin et observer le temps passer…..

Laisser les mots danser sur ce moi frissonnant de brulures et d’ivresse…. Ne plus essuyer mes larmes sans gants….

La vie ? Elle était de passage et ne s’était pas trop attardée dans ces coins…. Je ne lui en veux pas non plus… Encore moins la blâmer pour ce mal qui couvre ces chemins poussiéreux où personne ne s’est aventuré depuis la nuit de ma naissance….

J’ai parcouru tous les recoins de cette espace assourdissant de silence….. L’inertie vient d’être contredite par les rides dessinées sur mon front….

Oui, c’est déjà le dernier chapitre de tous ces chapitres. Je devrais en faire offrande à tous ceux pour qui le passé est une sorte de prière consolatrice….

Là où nous avons passé nos vies à mal nommer les choses ou encore à opprimer nos envies de lumière…Là où les mots n’avaient jamais existé…. Là où on récitait sans jamais se parler…Ainsi, nous n’avons fait que rajouter au malheur du monde… Le nôtre étant insignifiant depuis cet instant où on nous a jeté dans ce même monde…

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Ce que nous cache le soleil !

«(…) Je me demande avec crainte en moi-même si tu n’as pas été visité toi aussi par la nouvelle incroyance à la mode ? S’il en est ainsi, alors je prie pour toi, mon chéri, comme dans ton enfance, du vivant de ton père, tu balbutiais tes prières sur mes genoux, et combien alors nous étions heureux ! Adieu ou plutôt au revoir. Je t’embrasse fort, fort et t’envoie une infinité de baisers. Ta mère (…)»  (Crime et Châtiment – Dostoïevski)

À chaque nouvelle rencontre, on sent qu’au fond de nous on a de moins en moins de choses à offrir. On se résigne ainsi à l’usure de nos âmes. Ceci dit, quand on trahi, il nous reste l’écriture comme dernier refuge. Non pour y chercher une quelconque délivrance ou pardon…. Les mots étant les seuls à vouloir encore nous écouter confesser ces éternels péchés….

J’avais compris que pour aimer les miens, il fallait leur rester étranger….Chez moi, avant même de savoir qui on est, on craint déjà de ne plus l’être… mais cela n’a rien changé après tout…. n’étant pas capable de me libérer de ces deux mondes…De ces airs d’une amère tendresse …de tous ces songes blessés…et de cette vie que j’ai tant aimé, malgrè ce qu’elle m’a fait subir et ce qu’elle a d’insupportable…

J’ai toujours eu une affection particulière pour les vaincus, les échoués ou encore tous les égarés…. Ceux qui n’ont jamais su trouver un sens à ce qui les entourent ou les guettent… Ces invisibles…. affamés de la vie….Ceux qui ferment les yeux, non pour se reposer mais pour écouter le monde pleurer …

J’ai une sublime tendresse pour toutes ces choses cassées….C’est les miens à moi, mon monde parmi tous ces mondes…. Toutes ces ombres qui chantent sur les traces des dieux vaincus qui s’enfuient…. Me dire que je les avais aimé jusqu’à la culpabilité…

À leur façon, comme à la mienne, chacun contemplant le temps qui passe…. sans emprise, aucune, sur ces crépuscules déclinants…. comme ces illusions fugitives… Ni ces rêves, ni ces amours n’avaient pas lieu d’être…Entre ces espérances trompées et ces larmes coulées, je remémore tous ces ports et ces rives où j’ai chaviré…..Souvent en éphémère, emporté au rythme de ces sabliers pressés….

Dans une politesse du désespoir, mes yeux ont fixé la terre dans une tentative déçue pour essuyer ces larmes vacillantes…. Je brûlerais bien ce papier si je le pouvais….. Je n’en avais pas la force ni le courage….. Quelque chose de massif entourant la grisaille de ce cœur….On ne brûle pas un papier dans l’espoir de retrouver un semblant de délivrance…. De tout cela, il reste que la pudeur de la nuit a toujours eu la délicatesse de cacher ces larmes……Rêver ? Tout est éphémère après tout….Même le sourire de ce matin….Que les souvenirs deviennent amnésiques… Cela pourrait peut-être rendre justice au passé…Il n’aurait jamais existé…..Quel bonheur…La sagesse de la lâcheté….Ces regards fuyant d’abord….Puis ces âmes angoissées….Enfin, reprendre encore cette route plus pressée que le temps….En se rappelant aussi que les rencontres de ce passé portent en elles les échos de l’avenir…

Le silence, cette merveilleuse consolation…. Nul besoin de mots ni de murmures… Juste ce vide et ces regards navrés et résignés…. Le reflet du mien dans ce miroir angoissé ou encore à la surface de ce lac abandonné…. La vie a gagné de ces êtres tourmentés et de ces espérances agitées…. Je me suis résigné à devenir un homme neutre…. J’ai cessé de philosopher et prendre part au débat de la vie….. Je n’ai plus rien à demander ni à me faire expliquer ou décrire…. C’est ainsi que se termine les révoltes dans le monde qui est le mien…. Il me reste ce temps qui s’enfuit tel les couleurs de ce tableau qui s’estompent….

À tous ceux qui se sont révoltés seuls et péri seuls…. À tous ceux qui ont rêvé le monde et ont fini par agoniser sous les pieds des prophètes et des dieux…..

La révolte des âmes médiocres…

J’ai rencontré un voyageur venu d’une terre antique qui m’a dit : « Deux immenses jambes de pierre dépourvues de buste se dressent dans le désert….. Près d’elles, sur le sable, à moitié enfoui, gît un visage brisé dont le sourcil froncé, la lèvre plissée et le sourire de froide autorité…. Disent que son sculpteur sut lire les passions… Qui, gravées sur ces objets sans vie, survivent encore…. À la main qui les imita et au cœur qui les nourrit…. Et sur le piédestal il y a ces mots : « Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois…. Voyez mon œuvre, vous puissants, et désespérez ! »….. À côté, rien ne demeure…. Autour des ruines… De cette colossale épave, infinie et nue, les sables monotones et solitaires s’étendent au loin…. » (Percy Bisshe Shelley – 1818)

Les mots sont la seule consolation devant l’absurdité de ce monde ennuyeux qui nous entoure…..

Pour toutes ces rencontres que nous avons déserté, c’est que nous sommes arrivés trop tôt ou trop tard pour les regarder dans les yeux….

Il s’agit de tout sauf de rien. Il suffit de regarder tous ces oiseaux sans nids, qui n’atterrissent que pour périr….

Il y a des moments où on se rend compte que même la médiocrité de nos cœurs devient émouvante….. Mon âme n’est pas lâche, elle est juste ridicule jusqu’à en devenir boulversante….

Cette tendresse affligeante qui insupporte mon être……Une sorte de pitié déçue qui se mêle à l’injustice de la création et cette absurdité que nous sommes : « Vous qui avancez, abandonnez toute espérance » (Dante – Divine Comédie)….Le chemin vers l’horizon est perdu…

Nous ne pouvons pas empêcher quelqu’un de nous aimer…. Comme nous ne pouvons pas nous empêcher de décevoir la haine à nos âmes….

Quelle insolence et quelle brutalité : l’amour comme évangile de la perdition…Une dérivation consolatrice….. Comme toute promesse navrante du paradis…..

Aimer n’est-il finalement qu’un déni de justice ?

Peut-on accepter que le vide soit le seul paradis qui nous est promis, finalement ? …Une sorte de mélange entre révolution et soumission….. Ne dit-on pas que la révolution consiste à aimer quelqu’un (ou quelque chose) qui n’existe pas encore……ou qui n’exisetra jamais….. La douloureuse confrontation entre le rêve et la brutalité mécanique de notre réel….. L’impossible sagesse qui n’est que pour dessiner l’artifice de notre folie….

À y penser, j’avais compris qu’il faut se méfier de nos vertus et non de nos vices….. Ces derniers sont tout ce qui est de plus vrai en nous…… Nos êtres nus devant ce miroir des vérités qui hante la solitude de nos rêves…… Le seul moment où l’illusion n’est plus…… Quand le vent danse sur nos angoisses, sans que la lune y porte nulle attention ni en ressente aucune pitié…..

Que la nuit puisse nous délivrer de la lourdeur que la liberté afflige à nos corps…… Personne n’est innocent…….Encore moins les dieux….

Avoir accepté de vivre, c’est accepter d’être coupable….. D’emblée, personne ne peut se proclamer juge……

De mon côté, je reconnais que la perfection m’a toujours déçu, c’est pour cela que je n’ai jamais eu d’intérêt pour le paradis et de ce qui pourrait s’y retrouver……Ayant peur d’être désenchanté, j’ai pris les devants et annoncer mon désintérêt pour une telle offre…..La perfection, comme la beauté d’ailleurs, nuit à la vérité….Encore plus à la justice…..

Qui sommes-nous si ce n’est les débris de toutes ces choses que nous n’avons jamais su oublier….Quand les souvenirs ne se conjuguent qu’en traces de larmes…Que continuer à vivre n’est qu’une forme de protestation contre la vérité…..Une sorte d’artéfact qui nous permet de supporter la froideur de nos corps….. Nos âmes ? Elles ne sont qu’un sujet banal…

La désillusion est souffrance, mais à combien nécessaire pour faire revivre en nous la flamme de la vie.…. La folie comme forme de sagesse….

 

 

Des sourires et des ombres !

« (….) Faire confiance aux hommes c’est déjà se faire tuer un peu (….) Le pire, c’est qu’on se demande comment le lendemain on trouvera assez de forces pour continuer à faire ce qu’on a fait la veille ? Ou on trouvera la force pour ces démarches imbéciles, ces milles projets qui n’aboutissent à rien, ces tentatives pour sortir de l’accablante nécessité, tentatives qui toujours avortent et toutes pour aller se convaincre une fois de plus que le destin est insurmontable, qu’il faut retomber en bas de la muraille chaque soir, sous l’angoisse de ce lendemain toujours plus précaire, toujours plus sordide ? (…) On n’a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie (….) Ne croyez donc jamais d’emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s’ils peuvent dormir encore ?… Si oui, tout va bien. Ça suffit (….) » (Louis-Ferdinand Céline – Voyage au bout de la nuit)

Prenez soins de ces sourires qui ont pu bourgeonner dans le vide de ce désert….

Sous le regard de ces rochers gris et au milieu de ces chemins incertains….

À toutes ces ombres érasées par la volonté de vivre…

Je ne saurais formuler pour vous une seule parole humaine, tant l’âme est livide….

….. Cette sensation de morosité accablante qui entoure ces murs…

Aucune consolation ne viendra des mots des miens….

Aucun pardon  n’a lieu d’être …..

En aucune circonstance, je ne trouve plus de raison pour les confessions….

C’est effrayant de parler….. Mais ça l’est encore plus quand nous n’avons plus de mots pour faire chanter nos doutes….

Une voix vient de ce nul part où je suis né : Je veux arriver au rivage avant de périr….. Après, je ne m’angoisserai plus pour ces hommes oubliés des hommes….

La vie est une succession de tempêtes de sable. Elles m’enterrent pour me déterrer juste peu de temps après.….. Au bout : j’ai des décombres à la place du cœur…..

Que Dionysos continue à cacher les cicatrices de la terre qui lui revient…. Que le malentendu que nous sommes puisse réconforter le présent dans sa nostalgie…

À se regarder, on se résigne à admettre que le passé n’est que les traces de notre fuite en avant…. Cet impitoyable asservissement de nos désirs de liberté dépourvus de courage…..

Douloureuse humiliation…… Même nos doutes sont incultes et méprisables….Nos rêves : maladroits et haïssables…..Et nous continuons à trembler devant ces demiurges sordides….

Nietzche disait : «  celui qui a libéré son esprit doit encore se purifier ». Oui, on se sent sale d’avoir rompu l’ordre qui étouffait nos âmes : Nos existences… On se sent coupable, car en choisissant de vivre autrement, on condamne les autres à nous haïr….. On détruit le sens qu’ils avaient de ce qui les entoure…. Celui de cette tyrannie qui élimine l’humain -ou le rendant insignifiant- comme existence et sacralise le groupe comme « valeur absolue » : le troupeau et le berger…. Personne ne veut accepter que le diable n’a de pouvoir que celui qu’on veuille bien lui donner….et que les dieux n’en savent pas plus que nous….

D’autres nous ont pleurés par amour, par pitié ou par mépris…. Comme il nous est arrivé de mentir par charité aussi….

Ils nous ont pleurés par égoïsme aussi : nous perdre….

Il reste que nous sommes tout autant égoïstes : l’égoïsme de vouloir « être »…… De vouloir écrire les lois de nos propres existences…après la violence de la rupture…. Qui est fautif après tout ? Au-delà du bien et du mal : personne !

J’ai juste refusé la vie qu’on m’avait prescrit…Quel affront ? Peut-on, au moins, affirmer notre droit au déshonneur ?…. Peut-être que je finirais un jour par passer là où s’incline les espoirs des résignés….

En attendant, on pourrait toujours remplacer l’au-delà par plus tard….. On verra ce qui adviendra de nous…

Que le soleil viendra me parler de toutes ces âmes qui ont trépassées sous son regard….. Que la pluie viendra me parler de tous ces péchés qu’elle a lavés de ces corps…. Que le vent viendra me dire où serai-je demain au coucher du soleil….Et de comprendre que je ne suis finalement qu’une planète errante, que personne ne doit prendre pour guide…

L’horizon des tourmentés !

« (…) Appuyé au mur, il se leva; bien que ses blessures le fissent souffrir, il lui sembla qu’il pourrait se tenir debout; mais il s’arrêta, encore courbé : sans qu’un seul mot eût été prononcé il sentit autour de lui une épouvante si saisissante qu’il en fut immobilisé. Dans les regards ? À peine les distinguait-il. Dans les attitudes ? Toutes étaient d’abord des attitudes de blessés, qui souffraient pour leur propre compte. Pourtant, de quelque façon qu’elle fût transmise, l’épouvante était là – pas la peur, la terreur, celle des bêtes, des hommes seuls devant l’inhumain (…) » (André Malraux – La Condition humaine)

C’est parce que le soleil ne nous suit plus….

C’est parce que nous avons perdu de vue la mer….

C’est que le vent s’est tu, les nuages ne savent plus où aller…

Que nous fassions route ensemble dans cette tempête de silence…

Dans l’immensité de ce brouillard narguant ce temps en désirance….

Loin de ceux dont se préoccupe le bonheur…

Qu’avons-nous trouvé sur ces chemins ?

De ces routes de l’agonie des âmes désespérées…

De cette humanité qui se satisfait à attendre la pénitence…

De ces visages qui n’ont de l’existence que ce qu’il faut pour souffrir…

De tous ces enfants de supplicité….

De tous ces tourmentés qui se cherchent un abri….

Loin de cet asile qui est leur monde…

Loin de ces contrées où les seuls champs de fleurs sont des cimetières…

De ce monde du crépuscule des dieux vainqueurs…

De ce ciel de l’amère destinée …

Que nous reste de ce passé, de ces chansons et ces murmures ?

Sur ce mur, des traits stupides….

Des brisures de ce miroir fissuré, mon reflet absurde…

Des humbles et des humiliés

imgJulien Green disait « Dieu n’ayant pu faire de nous des humbles fait de nous des humiliés.».

Aujourd’hui, le soleil est venu cogner à la fenêtre de mon bureau. La lumière aveuglante a transpercé mon être.

Une certaine mélancolie a commencé à me gagner. Ne dit-on pas que la mélancolie est un état qui nous permet de voir les choses comme elles sont, sans illusion ni déni…. Qu’elle permet ainsi de faire le deuil de choses qui ne sont pas censées exister… mais qui sont toutefois ancrées en nous.

C’est d’ici où vient la lumière ? Me suis-je dit comme un possédé. Elle ne pourrait pas venir d’ailleurs de toute façon. Encore moins de mon âme habituée à la pudeur de ces nuits qui veillent sur mes démons !

Je suis en train de contempler le vide qui couvre ce soleil aveuglant en essayant de fuir ce vide qui m’habite… Les miens disaient : les maisons sont le tombeau des vivants, c’est pour cela que nous avons choisi d’habiter l’immensité…. Je me questionne en ce terrible moment : que sont devenus les miens ?

À force de rêver du paradis, ils ont cessé d’aimer la vie !

Un silence assourdissant accompagne ce moment. Quelque chose de mécanique m’habite. Un sentiment d’érosion prend possession de moi. Je ne m’en fais pas à vrai dire. Je serai toujours ce possédé qui erre pour expier les péchés de ces troupeaux en prière. Les dieux voulaient un sacrifice. Il fallait bien désigner un sacrifié… Je savais qu’avec ma naissance, je prenais part à un jeu tronqué… donc, perdu d’avance. Pas trop de questions à se poser : le silence était déjà de trop….J’ai périe depuis !

Rien n’est plus terrible que de déléguer la responsabilité de son existence. À n’en plus assumer les incertitudes et les chutes…..Autrement dit, que la morsure de la conscience soit emprisonnée dans des remords exigés au nom de je ne sais qui….Une sorte de fatalisme courageux du croyant qui lui confère la force de se soumettre, mais jamais à se révolter…. Je dois avouer que je suis des fois « jaloux » de ces êtres soumis qui n’ont pas conscience de leur propre condition d’esclaves….qui, ultimement, consentent à ce que les Hommes soient asservis….

À y penser, le courage n’est finalement qu’un point de vu : avoir le « courage » de se révolter contre les dieux (ou leurs porte-paroles déchainés) ne vaut finalement pas plus que le « courage » de s’y soumettre et les prier la tête courbée…..

Je fini par me dire, qu’en dépit du fait qu’on m’a déchu de l’existence, personne n’était jamais capable de me départir de tout ce que j’ai de plus précieux : c’est à dire mes doutes…vulnérables mais passionnés de justice…et de cette liberté insaisissable qui me hante autant qu’elle me donne la force de continuer à questionner le monde…

Ainsi, c’est peut-être qu’en embrassant notre propore déchéance qu’on finit par prendre conscience de notre humanité…. car c’est là où on se rend compte que le diable n’est finalement que l’incarnation du plus beau des péchés : celui d’interroger et douter…. C’est ainsi qu’on pourrait connaitre la vérité, mais jamais la posséder ou la détenir…

Les ailes brisées !

ARhhale

« (….) Tous ceux qu’on conduit au supplice s’accrochent par l’esprit à tous les objets qu’ils rencontrent sur la route (…) » ( Dostoïevski : « Crime et Châtiment»)

Nous avons tous commis le pêché d’aimer. Nous y avons tous laissé une partie de nous. Les débris de nos êtres qui se sont envolés comme des illusions…..

Nous avons tous commis le péché de vouloir exister. Nous y avons tous laissé quelque chose de nos âmes abîmées…

Je marchais à contre-sens, comme j’ai toujours fait. Une vieille dame m’arrêta : « Jeune homme ! La route c’est par là ». Je la regardais avec mes yeux vidés…..Je n’arrivais pas à cerner les traits de son visage. Comme je n’ai jamais réussi à cerner les traits de mon existence. Je l’ai remercié et continué ma route….C’était bien ma destinée.…. Je ne marchais pas à contre-sens…. Je ne faisais que marcher tout court. Vers et à partir d’où ?

Je suis condamné pour la vie, comme pour ce qui lui ressemble…. Perdu de vue, comme perdu tout court….. Au milieu de cette foule, au milieu de ces brouillards qui m’encerclent dans ces villes du nord….. J’ai tant marché et tant pleuré…. J’ai tant fui, même ma vie…… La poussière de toutes ces routes qui se repose sur mes chaussures…. La poussière des villes du nord…..

Entre une frontière et une autre : des lignes et des brûlures…… Entre un aéroport et un autre : des incertitudes et des déchirures….. Entre un matin et un autre : des battements de cœur essoufflé…..

J’étais parti sans en connaitre la raison….. J’étais parti car je ne trouvais plus la raison…..J’étais parti car j’en perdais la raison….

Cet enfant que j’étais me contemplait du haut de la colline. Regards de reproches et d’incompréhensions….. Cette plante qui a pris vie sur la tombe de mon père….. Ma vie était de passage par ici aussi…..

J’arrive sur le bord de la mer……Ce trait qui me rappelle que je fais désormais partie du passé de cette terre….. J’étais de passage comme l’étaient mes aspirations à la liberté….

Je suis devenu ce fantôme qui erre dans les villes des autres….. Je suis devenu ce passager qui né avec l’aube pour mourir avec le coucher du soleil…..

J’ai dormi sous ces ponts, comme j’y ai prié l’abîme de me laisser partir…… Je suis passé sur ce pont toutes les nuits à y chercher les traits de mes espoirs….. Ce qui restait de ce moi éphémère aussi…..

C’est au milieu de ces nuits qu’on apprend c’est quoi d’avoir des ailes brisées….. Entre l’obscurité qui habite votre âme et celle qui vous encercle…. Vous n’y pouvez rien…..

La pénitence n’était jamais loin….. J’étais souvent fatigué….. La voix de ma mère m’arrivait de ce lointain passé…… Et-tu encore en vie ? Je ne sais pas, mais j’y suis….. À mendier des rêves ou à mendier quelque jours de répit pour que les blessures puissent se cicatriser….

Le ciel ne nous a jamais pardonné d’avoir survécu à notre naissance….. Nous étions de trop sur cette terre…. Entre ces routes impitoyables et la désolation de ces regards qui remplissent nos consciences…. Nous avons tous péché : à  avoir osé aimer….. à avoir osé rêver…..